Market Insights

Bilan des immatriculations de poids lourds en 2025

Rédigé par Anne Kerriou | 03 mars 2026

INFOGRAPHIES. Les immatriculations de poids lourds neufs de +3,5 T ont reculé pour la deuxième année consécutive en Europe en 2025. Le marché de l’électrique reste proportionnellement modeste mais progresse.

1/ Marché européen

  • Nouveau recul des immatriculations de véhicules de +3,5 T

En 2025, les immatriculations de véhicules de +3,5 tonnes ont diminué de 6,2 % dans l’Union européenne par rapport à l’année précédente, selon les données de l’ACEA. Avec 307 460 unités enregistrées, le marché confirme une tendance baissière amorcée en 2024 (-6,3 %).

Les véhicules de plus de 16 tonnes représentent 83 % du marché européen, avec 254 488 immatriculations (-5,4 %). Le marché des véhicules de 3,5 à 16 tonnes a subi un recul plus marqué (- 9,9%, 52 972 immatriculations). Si l’on intègre le Royaume-Uni, la Suisse, la Norvège et l’Islande, le chiffre des immatriculations de poids lourds en Europe atteint 371 240, en repli de 5,4 %.

Tableau 1 - Source des données : ACEA - © Upply.

Après deux années de forte reprise post-Covid, le transport routier de marchandises a subi de plein fouet le ralentissement de l’économie européenne. C’est incontestablement le premier facteur expliquant le repli du marché. Les marges des entreprises ont tendance à se réduire, ce qui freine les capacités d’investissement. La baisse lente des taux d’emprunt n’a pas suffi à inverser la tendance.

L’analyse sur le long terme montre une évolution encore plus préoccupante : au-delà des retournements de cycles, on constate une baisse tendancielle du marché. Entre 2019 et 2025, les immatriculations de poids lourds neufs ont connu une baisse annuelle moyenne de 1,2% dans l’Union européenne.

Graphique 1 - Source des données : ACEA - © Upply.

  • Des variations importantes au sein du Top 5

Le Top 5, qui correspond également aux cinq plus grandes économies de l’UE, représente 69% des immatriculations en 2025. Cette part de marché se révèle relativement stable au fil des années. En revanche, les variations selon les pays sont assez disparates.

Les deux principaux marchés, la France et l’Allemagne, ont enregistré l’an dernier une troisième année consécutive de décroissance des immatriculations, et l’évolution 2019-2025 révèle une contraction annuelle moyenne importante (voir graphique 1).

L’Espagne et l’Italie, qui ont subi également un repli en 2025 par rapport à l’année précédente, affichent en revanche une croissance annuelle moyenne positive. Le pavillon espagnol, en particulier, a fortement progressé, profitant de la bonne santé de l’économie espagnole.

La Pologne a renoué avec la croissance en 2025 et reconquis la quatrième place de l’UE en nombre d’immatriculations de poids lourds neufs. Le pavillon polonais est aujourd’hui le n°1 en Europe, mais semble atteindre une certaine maturité, comme en témoigne le taux de croissance annuel modéré du nombre d’immatriculations sur la période 2019-2025. Cela s’explique aussi par le développement d’une concurrence virulente d’autres pays d’Europe de l’Est.

  • La Lituanie et la Roumanie toujours en phase de conquête

En 2025, les pays d’Europe centrale et orientale (PECO) ont représenté 24% des immatriculations de poids lourds neufs dans l’Union européenne. La Pologne domine largement, nourrie par son expansion sur le marché du transport routier international mais aussi par un marché domestique important. Cependant, d’autres pays d’Europe de l’Est ont décidé de faire du transport routier de marchandises un axe de développement stratégique de leur économie. C’est notamment le cas de la Roumanie et de la Lituanie, qui occupent respectivement les 7è et 8è rangs au classement des pavillons européens. Ces deux pays développent une politique agressive de conquête de parts de marché qui se reflète dans les immatriculations de poids lourds neufs, comme en témoigne le taux de croissance annuel moyen sur la période 2019-2025.

La République tchèque occupe une place importante sur le marché, puisqu’elle se classe au 6è rang des pavillons européens, mais le pays enregistre une érosion du taux de croissance annuel moyen. Comme la Pologne, elle subit la concurrence de ses homologues d’Europe de l’Est.

Graphique 2 - *PECO hors Bulgarie, dont les chiffres ne sont pas disponibles - Source des données : ACEA. © Upply.

  • Poids lourds électriques : un frémissement du marché

Le poids lourd électrique occupe toujours plus de place dans les débats que dans les statistiques. En 2025, la part des véhicules diesel dans le total des immatriculations de véhicules de +3,5t en Europe (UE+AELE[1]+UK) s’élève à 92,7%, confirmant la place encore largement dominante de cette motorisation. Le constat est similaire si on prend en compte uniquement le marché de l’Union européenne. Cependant, quelques signaux montrent un frémissement du marché.

Tableau 2 - * Comprend les véhicules électriques à batterie et les hybrides rechargeables - Source des données : ACEA - © Upply.

→ Malgré la domination incontestable du véhicule diesel, la part de marché des véhicules électriques progresse, passant de 2,7% en 2024 à 4,8% en 2025.

→  Le nombre d’immatriculations de poids lourds électriques a progressé de 65% en 2025.

Le camion électrique gagne en attractivité sur le segment des véhicules de +3,5 T à 16 T, puisque sa part dans le total des immatriculations a doublé dans l’Union européenne par rapport à 2024 et quasiment doublé également sur l’ensemble du marché européen. La progression est particulièrement spectaculaire dans l’AELE, et notamment en Suisse, sur une base de volumes toutefois modeste.

→ La percée du véhicule électrique est beaucoup plus lente sur le marché des poids lourds de +16 tonnes. Certes, la part de marché progresse, mais elle se limite encore à 2%. Là aussi, les pays de l’AELE se distinguent par la vigueur de la montée en puissance des immatriculations de poids lourds électriques.

Si les pays de l’AELE, ainsi que des pays du Nord de l’Europe comme la Suède et le Danemark, s’illustrent par leur volontarisme, il est évident qu’en termes de volumes, les grands marchés européens du transport routier sont incontournables.

Graphique 3 - Source des données : ACEA - © Upply.

En nombre de véhicules électriques immatriculés, l'Allemagne domine toujours avec un total de 4 766 immatriculations en 2025, soit 6,2 % des immatriculations totales de poids lourds neufs et une progression de 39,6 % par rapport à l’année précédente.

→ Elle devance le Royaume-Uni et les Pays-Bas, qui s’octroient la 3è place du podium qu’occupait la France en 2024. La France, avec une part de 4,2% de véhicules électriques dans le total des immatriculations de poids lourds, se situe un peu en-deçà de la moyenne européenne et affiche le moins bon score du Top 5.

Le Top 10 compte un grand absent : la Pologne, pavillon n°1 en Europe, où 178 véhicules électriques seulement ont été immatriculés en 2025, soit 0,6% des immatriculations totales de poids lourds.

D’autres pays montrent également une frilosité certaine eu égard au poids de leur pavillon en Europe, l’Italie et l’Espagne, où les immatriculations de poids lourds électriques ne représentent respectivement que 2,2% et 1,7% du total.

Mis à part dans les pays du Nord, l’électrification du parc de poids lourds en Europe reste encore largement embryonnaire à ce jour. Elle semble néanmoins prendre de l’ampleur sur le segment des véhicules de +3,5 tonnes à 16 tonnes. Dans l’état actuel des technologies, le poids lourd électrique a commencé à démontrer sa pertinence sur la courte et moyenne distance, ce qui n’est pas encore le cas sur la longue distance. Cela peut d’ailleurs expliquer en partie la moindre adoption du véhicule électrique par des grands pavillons comme la Pologne ou l’Espagne, très présents sur les liaisons internationales.

2/ Focus sur le marché français

Selon les données du Comité des constructeurs français d’automobiles (CCFA), les immatriculations de véhicules industriels de +5t sur le marché français ont atteint 44 119 unités en 2025, soit un repli de 9,9 %. Cette baisse intervient après une très légère progression de 0,3 % l’année précédente. Le segment des poids lourds de +16 tonnes représente 38 445 immatriculations (-9,7 %).

Le marché des porteurs, qui avait porté la croissance en 2024 avec une progression de 15 %, a chuté de 9,5 % en 2025 avec 21 249 immatriculations. Quant au marché des tracteurs routiers, il a poursuivi son érosion, en recul de 10,3% à 22 870 immatriculations.

  • Une année stable attendue en 2026

Le marché du poids lourds devrait reprendre des couleurs en 2026 après deux années de baisse. Selon l’Observatoire du Véhicule Industriel (OVI) de BNP Paribas Artegy, les carnets de commandes de tracteurs neufs sont en nette augmentation (+24,2%), et les carnets de commandes des porteurs sont aussi en progression, dans une moindre proportion (+5,3 %). « Le nécessaire renouvellement des flottes, notamment retardé par l’attentisme lié au pessimisme économique, a relancé les commandes en 2025, qui produiront les premières immatriculations en 2026 », estime l’OVI qui reste cependant prudent, avec une fourchette basse à 0% et une fourchette haute à +5%.

Source : OVI

L’Observatoire du véhicule industriel anticipe par ailleurs une croissance importante de la flotte de camions et de VUL électriques, « grâce à une conjonction de facteurs accélérateurs, en particulier un coût total de détention (TCO) proche ou comparable au diesel sur certains usages », souligne Arnaud Villéger, directeur de l’Observatoire du Véhicule Industriel. Le développement et l’élargissement de l’offre proposée par les constructeurs de poids lourds, ainsi que le vieillissement du parc de porteurs diesel, constituent également des facteurs susceptibles de stimuler le marché du poids lourd électrique.

[1] L'Association européenne de libre-échange (AELE) ou European Free Trade Association en anglais, (EFTA) est l'organisation intergouvernementale regroupant l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse, créée pour promouvoir le libre-échange et l'intégration économique entre ses membres, en Europe et dans le monde.