Selon l’IATA, la demande mondiale de fret aérien, exprimée en tonnes-kilomètres de fret, a bondi de 4,0 % en avril 2026 en glissement annuel. Si l’on considère uniquement le trafic international, la progression est similaire. Cette hausse intervient après un repli de 4,8% en mars, provoqué par le déclenchement du conflit en Iran et ses conséquences désastreuses pour les hubs aériens du Moyen-Orient.
L’impact du conflit reste sensible en avril pour les compagnies de la région, même si la contraction de leur trafic s’amenuise, passant de -54,2% en mars à -18,2%.
À l’inverse, la situation profite aux compagnies asiatiques, qui se sont adaptées à la situation au Moyen-Orient en mettant en place des liaisons directes ou via d’autres hubs vers l’Europe. Elles sont ainsi en mesure de capter une partie du trafic assuré en temps normal par leurs homologues du Moyen-Orient, et bénéficient aussi d’un effet de rattrapage après les fortes perturbations du mois de mars. En outre, la forte activité intra-asiatique et la résilience des flux transpacifiques ont soutenu la dynamique régionale, ce qui permet aux compagnies asiatiques d’afficher une progression à deux chiffres (+10,5%).
Les compagnies aériennes d’Amérique du Nord et d’Europe ont également apporté une contribution positive à la croissance du trafic, « bénéficiant de l'amélioration des flux internationaux et d'une activité soutenue sur les corridors avec l'Asie », détaille l’IATA.
De même, la croissance des transporteurs africains a reflété une activité soutenue sur les réseaux reliés à l'Asie.
* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.
Le conflit au Moyen-Orient provoque par ailleurs des tensions persistantes sur les capacités offertes, en repli de 0,9% sur les liaisons internationales en glissement annuel au mois d’avril, contre une baisse de 5,5% en mars.
Le recul des capacités s’explique essentiellement par les perturbations des opérations internationales liées au transport de passagers sur plusieurs grands marchés long-courriers. La capacité des transporteurs du Moyen-Orient, notamment a chuté d'environ 1,5 milliard de tonnes-kilomètres.
Afin de satisfaire la demande, les compagnies aériennes ont adapté leurs réseaux. Les transporteurs d’Asie-Pacifique, en particulier, ont tiré la croissance en ajoutant environ 0,9 milliard de tonnes-kilomètres. Les compagnies ont notamment déployé davantage de capacités tout cargo. Les volumes de fret transportés à bord d’avions cargo ont augmenté de 7,0 % en avril en glissement annuel, marquant un retour à la croissance après une période de faiblesse, alors que les volumes transportés en soute des avions passagers ont diminué. « Cette divergence illustre la dépendance croissante à l'égard des avions de fret dédiés pour préserver la fiabilité des horaires et maintenir la flexibilité des capacités dans des conditions d'exploitation instables », souligne l’IATA.
Sur l’ensemble des quatre premiers mois de l’année, le marché reste en croissance, avec une progression de 3,6% des volumes mondiaux et de 3,8 % sur l’international. Le trafic augmente davantage que l’offre, permettant une amélioration du coefficient de remplissage, qui gagne 1,1 point pour s’établir à 51,7% sur les liaisons internationales.
* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.
L’Asie reste le moteur de la croissance du fret aérien, mais avec une réorientation notable des flux en raison des perturbations persistantes au Moyen-Orient.
La tension sur les capacités et le prix toujours élevé du kérosène, en raison des difficultés d’approvisionnement consécutives au blocage du détroit d’Ormuz, ont pesé sur l’évolution des prix du fret aérien.
La recette unitaire moyenne a augmenté de 17,8 % par rapport au mois précédent et de 32,2 % en glissement annuel, atteignant 3,24 dollars/kg. Les données Upply étayent ce constat, reflétant notamment le dynamisme du marché intra-asiatique et le rebond des flux Asie-Europe. En glissement annuel, la hausse des prix pour les flux concernant le Moyen-Orient est également spectaculaire.
Source : Upply Freight Index
Selon les données préliminaires de WorldACD, le mois de mai a été marqué par une lente progression des capacités offertes. La demande est restée robuste, notamment au départ de l’Asie-Pacifique.
Après le décrochage observé en mars, les indicateurs économiques suivis par l’IATA montrent une amélioration de l’environnement du fret aérien en avril.
L’indice PMI de la production manufacturière mondiale a progressé de 1,9 point pour atteindre 53,4, son niveau le plus élevé depuis près de cinq ans. Il s'agit de la plus forte accélération mensuelle observée depuis huit mois.
Dans le même temps, l’indice des nouvelles commandes à l’exportation a gagné 0,2 point à 50,2, restant au-dessus du seuil de 50 qui marque l’expansion de l’activité.
Des signaux plus mitigés apparaissent, avec un repli des volumes du commerce international en mars après quatre mois consécutifs de progression, en raison du choc géopolitique créé par le conflit du Moyen-Orient.
Dans un monde incertain, l’industrie du fret aérien peut tirer son épingle du jeu en répondant à la nécessité d’adaptations de dernière minute dans l’organisation des supply chains. Pour l’instant, à l’exception des compagnies du Moyen-Orient qui se retrouvent au cœur du conflit, les compagnies aériennes parviennent d’ailleurs à absorber le choc et à répercuter les hausses de coût sur les tarifs de fret, en raison des tensions sur l’offre.
La situation géopolitique et l’évolution des marchés énergétiques restent néanmoins un sujet de préoccupation majeur pour les prochains mois, avec notamment des craintes sur l’approvisionnement en kérosène. Faute de carburant, mais aussi dans un souci de maîtrise des coûts, plusieurs compagnies aériennes ont commencé à réduire la voilure.