Market Insights

Fret aérien : une haute saison meilleure que prévu

Rédigé par Anne Kerriou | 16 janvier 2026

Après un mois d’octobre déjà record, le fret aérien mondial a poursuivi sa dynamique en novembre 2025. Le secteur a connu une haute saison satisfaisante, ce qui a rejailli sur les prix, mais la reconfiguration des flux se confirme.

1/ L’évolution de l’offre et de la demande

La demande mondiale de fret aérien mesurée en tonnes-kilomètres a augmenté de 5,5 % en novembre 2025 par rapport à la même période de 2024, atteignant un nouveau record historique pour un mois de novembre, indique l’Association du transport aérien international (IATA). Le trafic international affiche une croissance encore plus marquée (+6,9 %), confirmant la résilience des échanges de marchandises à forte valeur ajoutée en fin d’année.

Selon les chiffres de WorldACD, la tendance à la hausse s’est prolongée durant la première semaine de décembre, avec à nouveau une croissance de l’ordre de 5%, avant qu’une décroissance ne s’amorce durant la deuxième semaine. Globalement, l’industrie du fret aérien a donc enregistré un 4è trimestre plutôt satisfaisant, et une haute saison supérieure à ce qui était anticipé en septembre.

  • Trafic de novembre 2025

* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.

Sur les grandes routes mondiales, toutes les principales liaisons repassent en croissance en novembre.

→ Le corridor Europe–Asie affiche une hausse de 11,7 % sur un an, confirmant la redirection des flux asiatiques vers le marché européen. En cumul annuel à fin novembre, la croissance est proche de 10%
→ L’axe Europe–Amérique du Nord accélère nettement (+5,0 %).
 → La tendance redevient positive sur la route Asie–Amérique du Nord (+1,8 %) après six mois de recul.
→ Les flux intra-asiatiques se distinguent également, avec une croissance très dynamique de 15,8 % en novembre et de 9,2% en cumul annuel.

  • Restructuration des flux

Ces développements mettent en évidence un environnement mondial du fret aérien globalement résilient. Les flux en provenance d’Asie restent clairement le moteur de la croissance, mais avec des performances contrastées vers les États-Unis et l'Europe. On relève deux mouvements principaux :

→ Une diversification des sources d’approvisionnement des États-Unis en Asie
→ Une réorientation des flux de la Chine vers l’Europe

Selon WorldACD, "les tonnages de l'Asie-Pacifique vers les États-Unis ont augmenté d'environ 6 % en glissement annuel en novembre, mais cette hausse est principalement due à la croissance des expéditions de l'Asie du Sud-Est vers les États-Unis, tandis que les expéditions de la Chine et de Hong Kong, du Japon et de la Corée du Sud ont diminué". L’entreprise néerlandaise y voit "une tendance claire chez les importateurs américains à s'approvisionner auprès d'autres marchés de production en Asie en réponse à l'augmentation des droits de douane sur les importations américaines en provenance de Chine et à la suppression des exemptions de minimis".

Par ailleurs, les chiffres reflètent nettement la réorientation des exportations chinoises vers l’Europe, au fur et à mesure que le marché américain se ferme. "Les tonnages combinés de la Chine continentale et de Hong Kong vers l'Europe ont augmenté de 8 % en novembre par rapport à l'année précédente, ce qui contraste directement avec la baisse de 8 % des tonnages de la Chine continentale et de Hong Kong vers les États-Unis", indique WorldACD. La politique douanière américaine a donc un impact très direct sur l’industrie du fret aérien.

  • Cumul annuel à fin novembre 2025

En cumul annuel sur la période allant de janvier à novembre 2025, la demande mondiale est en hausse de 3,3 % et le trafic international de 4,1 %.

* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.

  • Évolution des capacités

L’offre continue de croître, mais à un rythme inférieur à celui de la demande. En novembre, les capacités mondiales ont augmenté de 4,7 % en glissement annuel, ce qui permet une amélioration du coefficient de remplissage, en hausse de 0,4 point à 49,1 %.

En cumul annuel à fin novembre, les soutes des avions passagers représentent 54 % de la capacité offerte sur les lignes internationales, contre 53,8% en 2024. En novembre, c’est-à-dire lors du déploiement du programme hiver des compagnies aériennes, les capacités en soute ont connu en particulier une forte croissance, progressant de 6,3% en glissement annuel. Les capacités disponibles à bord des avions tout-cargo ont aussi augmenté de 6,6 %, mais leur part recule légèrement (46%), "illustrant un rééquilibrage progressif vers une structure de marché plus proche de l’avant-crise sanitaire", remarque l’IATA.

2/ L’évolution des prix

Sur le plan tarifaire, la pression reste visible. Selon l’IATA, la recette unitaire moyenne demeure inférieure au niveau de 2024 pour le 7è mois consécutif. Elle recule de 2,9 % à 2,65 $/kg en novembre en glissement annuel. En glissement mensuel, les données Upply montrent une baisse modérée sur les principaux axes. Malgré le rebond de la demande pendant la peak season, les capacités restent suffisantes pour répondre à la demande.

Source : Upply Freight Index

Selon les données de WorldACD, les tarifs spot mondiaux moyens sont repartis à la baisse durant la deuxième quinzaine de décembre, le pic de fin d’année étant désormais terminé.

3/ Perspectives

Les indicateurs macroéconomiques mondiaux restent globalement favorables à court terme. En novembre, l’indice PMI manufacturier mondial atteint 51,17, confirmant un 4è mois consécutif d’expansion de l’activité industrielle. En revanche, l’indice des nouvelles commandes à l’export demeure sous le seuil des 50 pour le 7è mois consécutif, signalant une frilosité persistante des entreprises.

Les perspectives pour l’industrie du fret aérien en ce début de 2026 apparaissent contrastées. Le secteur devrait pouvoir continuer à profiter d’une bonne dynamique sur certains marchés clés, comme les produits électroniques et high-tech, les produits pharmaceutiques et surtout le e-commerce transfrontalier.

En revanche, le commerce souffre de la confrontation géopolitique accrue entre grandes puissances économiques. Des restrictions à l’importation en passant par les droits de douane, les États utilisent désormais un arsenal qui peut avoir des conséquences très significatives sur les volumes, ce qui crée de l’incertitude pour les acteurs du transport aérien. On l’a vu nettement en 2025 avec la nouvelle politique douanière des États-Unis vis-à-vis de la Chine, qui a fait chuter les volumes. Pour l’instant, l’Europe ne s’est pas sérieusement attaquée à son déséquilibre commercial avec la Chine, mais la pression augmente. Le Conseil européen a ainsi annoncé l’application d’une taxe de 3 € sur les colis inférieurs à 150 € qui pénètrent sur le territoire européen, à compter du 1er juillet 2026, quelques mois après que les États-Unis ont supprimé les exonérations de droits de douane sur les colis d’une valeur inférieure à 800 $. Cette mesure, qui cible le e-commerce, n’est pas anodine pour le fret aérien.

Le nerf de la guerre restera le niveau global de la demande, qui reste à ce stade très incertain, car là aussi, les dépenses des ménages et les investissements des entreprises dépendront du climat global et pour l’instant, les incertitudes poussent à la prudence et aux économies. Le rythme du restockage entre mi-janvier et mi-février 2026 avant le Nouvel An chinois et les fermetures d’usine en Chine constituera un premier indicateur.

Globalement selon les estimations publiées en décembre 2025, l’IATA prévoit un ralentissement de la croissance des volumes en 2026. Celle-ci s’élèverait à 2,6%, contre 3,1% en 2025. Parallèlement, le chiffre d’affaires devrait augmenter de 1,9%, passant de 155 à 158 milliards de dollars. L’IATA anticipe enfin une nouvelle érosion de 0,5% de la recette unitaire, similaire à celle de 2025.