Le déclenchement du conflit en Iran, le 28 février 2026, change radicalement la donne pour le marché du transport routier de marchandises. Le blocage du détroit d’Ormuz, mis en place par les Gardiens de la révolution iraniens en riposte aux frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, a suscité une flambée des prix du carburant qui a immédiatement rejailli sur les coûts d’exploitation. Le prix moyen du diesel par litre a atteint 1,96 € à la fin du premier trimestre 2026, soit une hausse de 26 % par rapport à la fin du quatrième trimestre 2025.
Les effets sur les taux de fret routier sont encore modérés au premier trimestre 2026. La hausse des coûts du carburant n’a impacté que le mois de mars, et elle ne s’est répercutée sur une partie du marché. Mais les prémices sont bien là, et cette crise affectera profondément le secteur dans les mois qui viennent. "Le premier trimestre marque l’entrée du marché dans une nouvelle phase, où les coûts prennent le pas sur la demande comme principal moteur des évolutions tarifaires. La divergence entre les marchés contractuel et spot reflète des mécanismes de formation des prix qui réagissent à des rythmes différents face à un même choc", souligne Thomas Larrieu, directeur général d’Upply.
Le rapport Upply x Ti x IRU sur l’évolution des taux de fret routier en Europe au premier trimestre 2026 fait en effet apparaître une remontée des prix sur le marché contractuel. L’indice s’est établi à 140,1, en hausse de 3,2 points par rapport au quatrième trimestre 2025 et de 8,9 points par rapport au premier trimestre 2025.
En revanche, l'indice des taux spot du fret routier européen a reculé à 132,3 points, en baisse de 2,8 points par rapport au quatrième trimestre 2025, et de 2,0 points en glissement annuel. Cela s’explique notamment par le fait que les volumes d'échanges routiers entre les principales économies de l'UE ont reculé au premier trimestre par rapport au quatrième trimestre 2025. C’est un phénomène saisonnier assez classique, après le pic des fêtes de fin d’année, mais la morosité économique accentue la tendance. Le volume du commerce de détail et la production industrielle sont restés stables, tandis que les échanges extra-UE ont baissé de 10 % et la production du secteur de la construction de 3 %.
Base 100 : janvier 2017 - Source des données : Upply.
Le secteur du transport routier de marchandises aborde le deuxième trimestre dans des conditions particulièrement difficiles. "La volatilité des prix du carburant, aggravée par la guerre en Iran et les perturbations géopolitiques, met en lumière la fragilité des conditions d’exploitation. Les gouvernements européens ont pris à juste titre des mesures d’urgence, mais des actions non coordonnées peuvent créer des distorsions de marché et exposer davantage certains opérateurs, notamment dans les pays disposant de marges de manœuvre limitées", indique Vincent Erard, directeur de la Stratégie et du Développement de l’IRU. De plus, les transporteurs routiers restent confrontés à une hausse des coûts des péages et exposés à des tensions sur le recrutement. Cette inflation des coûts pèse sur les investissements et les capacités.
Par ailleurs, le conflit au Moyen-Orient fragilise une reprise économique déjà timide. La hausse des prix de l’énergie relance l’inflation, qui devrait passer de 2,1 % en 2025 à 2,6 % en 2026, selon les estimations publiées par la Banque centrale européenne en mars 2026. Cette situation pèse sur le pouvoir d’achat des ménages et sur la confiance des consommateurs et des entreprises. Par conséquent, la guerre au Moyen-Orient entraîne aussi une révision à la baisse des perspectives de croissance. "La croissance trimestrielle devrait se contracter, passant de 0,3 % au premier trimestre, qui devrait rester relativement épargné par la guerre, à 0,1 % au deuxième trimestre et 0,2 % au troisième trimestre," a estimé la BCE dans ses projections macro-économiques de mars 2026.
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> Télécharger le rapport Upply / Transport Intelligence sur les taux de fret routier européens au 1er trimestre 2026 (en anglais)