Market Insights

La nouvelle stratégie maritime espagnole

Rédigé par Daniel Solano | 28 janvier 2026

En 2025, l’Espagne s’est dotée d’une nouvelle stratégie maritime 2025-2050, complétée par un plan d'action national pour la décarbonation du transport maritime qui vise à réduire d’au moins 20% des émissions de gaz à effet de serre.

En matière de transport maritime, la situation de l’Espagne est singulière par rapport à ses voisins. L’existence des archipels (Baléares et Canaries) a stimulé l’activité de transport de passagers et de marchandises avec le continent et entre les îles qui composent ces archipels. Le fret a bénéficié du boom du tourisme dans les archipels et de la faiblesse du tissu économique local, qui a entraîné la nécessité d’un approvisionnement régulier depuis la péninsule. Ces caractéristiques du marché espagnol ont favorisé l’émergence de compagnies de taille modeste. En revanche, le pays ne compte pas de grands acteurs maritimes de rang international.

Le déclin du pavillon espagnol

La flotte de commerce dédiée au transport et contrôlée par les compagnies maritimes espagnoles comptait 205 navires et représentait près de 5 millions de tonnes brutes (TB) et 4,5 millions de tonnes de port en lourd (TPL) au 1er décembre 2025, selon les statistiques publiés par l’Asociación de Navieros Españoles (ANAVE), l’association des armateurs espagnols. Il s’agit d’une véritable régression puisque la flotte comptait presque 350 navires dans les années 90.

La profession présente les caractéristiques suivantes :

  • Une forte spécialisation. Les navires à passagers (78 unités) et les méthaniers (22) concentrent près de 50 % de la flotte. Les méthaniers occupent une place spéciale puisqu’ils représentent à eux seuls 43 % du tonnage. La flotte ne compte que 15 porte-conteneurs, opérés principalement par le groupe Boluda.
  • Le recul structurel du pavillon espagnol. Au 1er décembre 2025, la flotte immatriculée sous pavillon espagnol (Registre spécial des Canaries ou REC selon l’acronyme en espagnol) ne comptait que 85 navires (1,34 M TPL) soit 41% du nombre d’unités contre 61% en 2010), et 30% du tonnage (57% en 2010).
  • La montée en puissance des pavillons étrangers. Le déclin du REC s’est accompagné de l’émergence d’autres pavillons plus avantageux pour les armateurs (Madère, Malte, Norvège et Chypre principalement). Tous les porte-conteneurs, les vraquiers et les chimiquiers naviguent sous pavillon étranger.
  • Une flotte sans rapport avec le poids de l’économie espagnole. Au 1er janvier 2025, le pavillon espagnol se classait au 28è rang mondial en termes de tonnage, et au 14è rang européen, alors que l’Espagne occupe la 2è place en Europe en matière de trafic de conteneurs. La faiblesse de la flotte se traduit notamment par un lourd déficit du poste du fret maritime dans la balance des paiements espagnole (10 Md€ par an).

Mobilisation de la profession

Depuis plusieurs années, les armateurs espagnols réclament une réforme en profondeur du REC afin de le rendre plus compétitif par rapport aux pavillons étrangers. Celle-ci s’avère complexe en raison du nombre de ministères concernés, et la refonte sollicitée n’a pour l’instant pas vu le jour.

En revanche, les revendications portant sur la nécessité de doter l’Espagne d’une politique nationale de la marine marchande ont porté leurs fruits. Le 19 juin 2025, à l’issue d’une longue concertation avec l’ensemble des parties prenantes, le Conseil des ministres a approuvé la "Stratégie maritime de l’Espagne 2025-2050", à laquelle ont participé 11 ministères et le secteur maritime espagnol. La profession s’était mobilisée dès 2022, s’inquiétant du manque de conscience des enjeux du transport maritime au plus haut niveau de l’État alors que les défis s’accumulaient : conjoncture, décarbonation, crise du pavillon national, concurrence étrangère, etc.

Définition des priorités

L'objectif principal de cette stratégie est de renforcer et moderniser le secteur du transport maritime espagnol, principalement par un appui au développement et à la décarbonation de la flotte. La Direction générale de la marine marchande (DGMM) du ministère des Transports a bien précisé qu’il ne s’agissait pas d’une « stratégie de promotion de l’économie bleue ».

La stratégie maritime établit sept priorités qui sont autant d’axes stratégiques :

  1. Contribuer à la transition énergétique du secteur maritime.
  2. Promouvoir l'innovation, la digitalisation et le développement technologique.
  3. Faire progresser la dimension sociale du transport maritime afin d'accroître son potentiel en matière de création d'emplois.
  4. Progresser dans la mise en place d'une administration maritime plus agile et plus efficace.
  5. Mettre en place une flotte et un pavillon compétitifs.
  6. Renforcer la compétitivité de la navigation de plaisance.
  7. Déployer un système portuaire compétitif et durable.

Le programme, qui a reçu l'accord du ministère des Finances, se présente comme « un document évolutif, qui se traduira par 27 lignes d'action concrètes et des normes à adopter dans les années à venir ». Des projets réglementaires, des plans et des programmes d'aide seront développés afin de stimuler la croissance du secteur maritime espagnol. Sont notamment prévues (...)

 

Pour lire la suite et obtenir l'article en PDF, merci de renseigner vos coordonnées.