En matière de transport maritime, la situation de l’Espagne est singulière par rapport à ses voisins. L’existence des archipels (Baléares et Canaries) a stimulé l’activité de transport de passagers et de marchandises avec le continent et entre les îles qui composent ces archipels. Le fret a bénéficié du boom du tourisme dans les archipels et de la faiblesse du tissu économique local, qui a entraîné la nécessité d’un approvisionnement régulier depuis la péninsule. Ces caractéristiques du marché espagnol ont favorisé l’émergence de compagnies de taille modeste. En revanche, le pays ne compte pas de grands acteurs maritimes de rang international.
La flotte de commerce dédiée au transport et contrôlée par les compagnies maritimes espagnoles comptait 205 navires et représentait près de 5 millions de tonnes brutes (TB) et 4,5 millions de tonnes de port en lourd (TPL) au 1er décembre 2025, selon les statistiques publiés par l’Asociación de Navieros Españoles (ANAVE), l’association des armateurs espagnols. Il s’agit d’une véritable régression puisque la flotte comptait presque 350 navires dans les années 90.
La profession présente les caractéristiques suivantes :
Depuis plusieurs années, les armateurs espagnols réclament une réforme en profondeur du REC afin de le rendre plus compétitif par rapport aux pavillons étrangers. Celle-ci s’avère complexe en raison du nombre de ministères concernés, et la refonte sollicitée n’a pour l’instant pas vu le jour.
En revanche, les revendications portant sur la nécessité de doter l’Espagne d’une politique nationale de la marine marchande ont porté leurs fruits. Le 19 juin 2025, à l’issue d’une longue concertation avec l’ensemble des parties prenantes, le Conseil des ministres a approuvé la "Stratégie maritime de l’Espagne 2025-2050", à laquelle ont participé 11 ministères et le secteur maritime espagnol. La profession s’était mobilisée dès 2022, s’inquiétant du manque de conscience des enjeux du transport maritime au plus haut niveau de l’État alors que les défis s’accumulaient : conjoncture, décarbonation, crise du pavillon national, concurrence étrangère, etc.
L'objectif principal de cette stratégie est de renforcer et moderniser le secteur du transport maritime espagnol, principalement par un appui au développement et à la décarbonation de la flotte. La Direction générale de la marine marchande (DGMM) du ministère des Transports a bien précisé qu’il ne s’agissait pas d’une « stratégie de promotion de l’économie bleue ».
La stratégie maritime établit sept priorités qui sont autant d’axes stratégiques :
Le programme, qui a reçu l'accord du ministère des Finances, se présente comme « un document évolutif, qui se traduira par 27 lignes d'action concrètes et des normes à adopter dans les années à venir ». Des projets réglementaires, des plans et des programmes d'aide seront développés afin de stimuler la croissance du secteur maritime espagnol. Sont notamment prévues (...)