Market Insights

Le transport routier français face au choc de la guerre en Iran

Rédigé par William Béguerie | 16 avril 2026

BAROMÈTRE. Le transport routier français est au bord du gouffre, frappé de plein fouet par la flambée du gazole provoquée par le conflit au Moyen-Orient. Les aides d’urgence sont jugées dérisoires par les transporteurs.

Sans surprise, au mois de mars 2026, la France a été percutée par le choc de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Cette guerre, déclenchée fin février, a immédiatement fait flamber les prix de l’énergie, bousculant une économie française déjà fragile, ainsi que tout l’écosystème européen.

  • Pour la zone euro, dans son rapport intermédiaire, l’OCDE a revu à la baisse sa prévision de croissance, qui s’établit désormais à 0,8 % en 2026 au lieu des 1,2 % annoncés en décembre, tandis que l’inflation devrait atteindre 2,6 %, contre 1,9 % initialement prévus.
  • En France, dans son scénario de base, la Banque de France a également revu légèrement à la baisse la croissance du PIB en France, désormais prévue à 0,9%. L’inflation devrait quant à elle augmenter de 1,7% en 2026, sous l’effet des prix de l’énergie, après une hausse de 0,9 % en moyenne annuelle en 2025. Toutefois, la Banque de France envisage également deux scénarios plus défavorables. La croissance du PIB resterait positive dans tous les cas de figure, mais l’inflation bondirait à 3,3% dans le scénario le plus pessimiste.

Une nouvelle période de grande incertitude

Mars 2026 marque donc un véritable tournant, dont les conséquences sont déjà considérables pour l’économie en général et le transport routier en particulier. La hausse brutale des prix du pétrole et du gaz, directement liée aux tensions persistantes au Moyen-Orient, exerce une pression considérable sur le pouvoir d’achat des Français. Cette situation contribue à une reprise de l’inflation, qui affecte fortement les ménages. 

Dans ce contexte, la consommation, traditionnellement moteur de la croissance économique en France, demeure faible. Parallèlement, l’investissement des entreprises est freiné par un climat d’incertitude prolongée, illustrant la difficulté d’engager des dépenses dans un environnement aussi instable.

Flambée des prix du gazole : des impacts très forts… à répercussion lente

Dans ce contexte, les prix du transport routier en France ont étonnamment stagné. Ils affichent une toute petite progression de 0,1 % en mars 2026 par rapport au mois précédent. Malgré l’affolement des cours du pétrole, et leur répercussion quasi-immédiate sur le gazole à la pompe, la répercussion sur les prix du transport routier tarde donc à se manifester.

Source : Upply Freight Index – Route France

Les variations des coûts du transport routier dépendent étroitement de l’évolution du prix du gazole professionnel. À la demande du ministre des Transports, Philippe Tabarot, et des organisations professionnelles du transport routier, le Comité national routier (CNR), qui publie habituellement les indices gazole professionnel à un rythme mensuel, est passé à une périodicité bimensuelle. Ce suivi illustre l’amplitude et la brutalité de la hausse des prix du gazole. Pour la première quinzaine de mars, l’indice gazole professionnel a progressé de plus de 23%, passant de 193 à 238. Pour la seconde quinzaine, l’indice a encore augmenté de plus de 8%, grimpant à 258. Sur l’ensemble du mois, l’indice a enregistré une hausse de 28%.

La répercussion de la flambée des coûts du carburant subie au mois de mars se traduira très certainement dans les prix en avril, mais il y a fort à parier qu’elle ne couvrira pas l’entièreté de la hausse et des points de marges seront définitivement perdus pour les transporteurs (...)