Market Insights

Les volumes de fret ferroviaire Chine-UE ont de nouveau chuté en 2025

Rédigé par Anne Kerriou | 30 janvier 2026

Les volumes de fret ferroviaire Chine-UE via le corridor Nord sont repartis à la baisse en 2025 et tendent à devenir anecdotiques dans l’autre sens.

L’embellie aura été de courte durée. Selon les données de l’opérateur European Rail Alliance, qui concernent le corridor nord, les volumes de fret ferroviaire entre la Chine et l’Union européenne ont de nouveau chuté en 2025, après une remontée en 2024. Ils s’établissent à 310 579 EVP, soit une diminution de 14,1% par rapport à 2024.

Le repli se vérifie dans les deux sens, mais il est particulièrement marqué de l’Europe vers la Chine, où l’on peut parler d’un véritable effondrement en deux ans. Le trafic a chuté de 22,7% en 2025 après avoir déjà décliné de 26,7% l’année précédente, enregistrant son plus faible niveau historique à 38 422 EVP. Dans le sens Chine-Europe, le trafic est également reparti à la baisse, après une spectaculaire remontée en 2024. Il s’élève à 272 157 EVP en 2025, en repli de 17,7% par rapport à l’année précédente.

Graphique 1 - Source des données : ERAI

Une baisse de compétitivité par rapport au maritime

La baisse du fret ferroviaire dans le sens Chine-Europe ne se justifie pas par l’évolution générale du marché. En effet, les exportations de la Chine vers l’Union européenne ont plutôt le vent en poupe, puisqu’elles ont progressé de 8,4% en valeur, pour atteindre 560 milliards de dollars.

Graphique 2 - Source des données : Douanes chinoises

Le déclin du fret ferroviaire Chine-Europe en 2025 s’explique en partie par des perturbations exceptionnelles. En septembre, notamment, la Pologne a décidé de fermer sa frontière avec la Biélorussie suite au survol de drones russes, ce qui a paralysé le trafic routier et ferroviaire pendant plusieurs jours. D’autre part, le fret ferroviaire a souffert d’une perte de compétitivité par rapport au transport maritime. En 2024, les taux de fret maritime étaient repartis à la hausse en raison des perturbations créées par les attaques des rebelles houthis du Yémen en mer Rouge. Mais le déroutement par le cap de Bonne-Espérance s’est ensuite normalisé, et quand les chaînes logistiques ont retrouvé leur fluidité, la pression sur les taux de fret s’est amoindrie.

Graphique 3 - Source : Upply Freight Index

Dans le sens Europe-Chine, le ferroviaire est également peu compétitif, car les taux de fret maritime ont atteint un niveau particulièrement bas, et la demande n’est clairement pas au rendez-vous. En 2025, les importations globales de la Chine en provenance d’Europe ont encore diminué de 0,5% en valeur par rapport à 2024, s’établissant à 268,2 milliards de dollars.

Les caractéristiques du trafic ferroviaire Est-Ouest

  • En 2025, la route Chine-Pologne a représenté 94% des flux totaux Chine-Europe, contre 88,6% en 2024. Le volume de ce corridor s’élève à 255 869 EVP, en baisse de 12,7% par rapport à l’année précédente.
  • Les flux ferroviaires Chine-Allemagne, après un petit rebond en 2024, ont en revanche lourdement rechuté puisqu’ils ont diminué de 43%, à 13 552 EVP.
  • Sur les autres destinations, le plongeon est encore plus spectaculaire : -78% à 1 740 EVP sur la Belgique, -56% à 888 EVP sur les Pays-Bas et -97% à 108 EVP sur la Hongrie. Alors que les volumes baissent, la logique de massification sur le hub polonais prévaut.

Graphique 4 - Source des données : ERAI

Dans le sens Est-Ouest, les machines et les appareils mécaniques et électriques (codes HS 84 et 85) dominent le marché, mais leur part tombe à 25% du total des volumes en 2025, contre 30% l’année précédente, si l’on cumule les résultats des deux catégories. Le segment des véhicules subit une petite baisse (4,1% à 30 010 EVP pour les produits correspondant au code SH 87), mais après une très forte augmentation l’année précédente. En revanche, le secteur des meubles, literie et appareils d’éclairage (code HS 94) poursuit sa croissance, avec une hausse de 16,5% en 2025 (23 794 EVP). Il devance ainsi le secteur des vêtements, textiles et chaussures (codes SH 60, 61, 62, 63, 64), en baisse de 32,6%.

Graphique 5 - Source des données : ERAI

Les caractéristiques du trafic ferroviaire Est-Ouest

Depuis 2021, les importations chinoises en provenance de l’Union européenne reculent inexorablement. Le trafic ferroviaire a toujours été très déséquilibré, à l’avantage des flux Est-Ouest, mais l’écart ne cesse de se creuser. Avec seulement 38 422 EVP acheminés en 2025, le trafic Ouest-Est est en repli de 22,7% et atteint un plus bas niveau historique.

  • Les flux Allemagne-Chine représentent 65% du trafic total, mais subissent une érosion continue depuis 2021. Cette année-là, la crise du Covid avait engendré une difficulté d’accès aux capacités maritimes et une flambée consécutive des taux de fret, favorisant l’attractivité du ferroviaire. En 2025, les flux Allemagne-Chine ont chuté de 25%, pour s’établir à 25 418 EVP. Comme en 2024, la production allemande est touchée de plein fouet par la baisse des importations chinoises, et cela rejaillit sur le fret ferroviaire. Les flux de véhicules et pièces associées (code HS 87) se sont effondrés, tombant à 2 476 EVP (-71%, après avoir déjà chuté de 41,7% en 2024). Le segment des machines et appareils mécaniques (code HS 85) subit également une forte baisse.
  • Sur la route Pologne-Chine, les flux enregistrent en revanche une deuxième année consécutive de hausse : +30% à 11 224 EVP. 

Graphique 6 - Source des données : ERAI

Le déclin des flux Chine-UE a pesé sur les résultats globaux du China Railway Express, qui incluent également les flux vers la Russie et vers des pays d’Europe hors UE. En 2025, les volumes transportés ont atteint 2,05 millions d’EVP, en baisse de 1,3%. Le trafic est plus équilibré quand on prend en compte les trafics hors UE, puisqu’il s’élève à 10,3 millions d’EVP (-10,1%) dans les sens Est-Ouest et 10,2 millions (+9,4%) dans le sens inverse. Le nombre de trains a progressé de 3,2%, totalisant ainsi 20 022 trains, dont 10 124 au départ de Chine (+14,4%) et 9 898 dans dans l’autre sens (-6,1%).

Perspectives

Le fret ferroviaire entre la Chine et l’Europe devrait continuer à évoluer dans un environnement difficile en 2026.

Les facteurs favorables

  • Les exportations chinoises devraient continuer à croître, stimulées par une politique chinoise très volontariste en la matière. Il s’agit d’une activité vitale pour l’économie chinoise, et les restrictions imposées par les États-Unis pour l’accès à leur marché vont continuer à favoriser encore un peu plus le report vers le marché européen.
  • Le développement des plates-formes chinoises de e-commerce et surtout l’évolution de leurs schémas logistiques pourraient susciter de nouveau flux. Jusqu’à présent, ces plates-formes se sont beaucoup appuyées sur le fret aérien, ce qui constitue un non-sens économique compte tenu du prix auquel sont vendus les produits. Elles passent désormais à la phase 2 de la conquête du marché en installant des entrepôts à proximité des bassins de consommation, à l’instar de Shein qui a annoncé un projet pharaonique en Pologne. Le fret ferroviaire pourrait constituer un bon compromis coût/délai entre l’aérien et le maritime pour alimenter ces installations logistiques. 

Les facteurs défavorables

  • S’il existe donc bien des facteurs susceptibles de stimuler la croissance, la faiblesse de l’économie européenne restera cependant un frein. Les ménages et les entreprises font preuve d’une grande prudence, et la demande restera donc modérée.
  • D’autre part, l’augmentation des exportations ne profitera pas nécessairement au fret ferroviaire, qui devrait continuer à souffrir d’un différentiel de compétitivité avec le transport maritime conteneurisé, sauf événement imprévisible qui ferait flamber les taux de fret.
  • Enfin, le fret ferroviaire n’est pas épargné par les aléas géopolitiques, comme on l’a vu en 2025 avec la fermeture de la frontière polonaise.

Dans le sens Ouest-Est, les perspectives sont encore plus sombres. Aucun élément ne permet à ce stade d’envisager une reprise. La réduction des importations de la Chine en provenance d’Europe, et en particulier d’Allemagne, plaide même en faveur d’une poursuite du déclin.

Pour le China Railway Express, les relais de croissance se situent plutôt en Asie. En 2025, les flux vers l’Asie centrale ont augmenté de 27,7% à 1,13 million d’EVP, dont 701 399 EVP dans le sens Est-Ouest (+24,5%) et 425 585 EVP dans l’autre sens (+33,2%). Le nombre de trains s’élève à 14 254, en hausse de 9,6%, dont 8 602 dans le sens Est-Ouest (+17,4%) et 5 652 dans l’autre sens (+23%).