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PACA : nette progression des flux internes de transport routier en 5 ans

Rédigé par Anne Kerriou | 26 juin 2020

DOSSIER. Le transport routier de marchandises dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a connu une progression significative en 5 ans. Elle s’appuie sur une forte croissance des flux internes et une érosion maîtrisée des entrées et sorties.

Par son positionnement géographique, son tissu productif et son maillage portuaire, avec notamment le Grand Port Maritime de Marseille, la région Provence-Alpes Côte d’Azur fait de la logistique un axe de développement stratégique, comme nous l’avons vu dans notre précédent article consacré au panorama économique. Cette activité est naturellement favorable au développement du transport routier de marchandises. D’ailleurs, sur les quelque 70 000 emplois recensés dans les entreprises de la région qui ont pour cœur de métier le transport et la logistique, 23,8% sont des emplois de routiers et grands routiers, et 19,7% des emplois de conducteurs-livreurs.

En progression depuis 2016

En 2018, le flux régional du transport routier de marchandises du pavillon français a franchi la barre des 15 milliards de tonnes-kilomètres, grâce à une progression de 2% par rapport à 2017 et de 6,7% en 5 ans. La hausse la plus notable revient aux flux internes à la région, qui représentent 36% des flux totaux en 2018 et augmentent de 4,7% par rapport à 2017. Sur 5 ans, la progression est spectaculaire puisqu’elle atteint 28,6%.

*en millions de tonnes-kilomètres transportées - Source : SDES, Enquête Transport routier de marchandises

Depuis 2017, les flux internes ont détrôné les flux entrants comme principale source de trafic. Ces derniers ont en effet connu une érosion de 2,5% en 5 ans, tout comme les flux sortants (-2 ,7%), et la remontée constatée depuis 2016 n’a pas permis de retrouver les niveaux de 2014.

L’OTRE pointe notamment du doigt la concurrence des pays européens à bas coût. "Le nombre de kilomètres parcourus par un camion en régional a diminué, et par voie de conséquence le chiffre d’affaires aussi, ce qui n’est pas le cas de nos concurrents peu scrupuleux ni vertueux", souligne Olivier Riandée, dirigeant de Provence Distribution Logistique et successeur de Jean-Pierre Ducournau à la présidence de l’OTRE Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans une interview publiée en juillet 2019 par le Journal des Transports, une publication de l’Observatoire Régional des Transports (ORT) de PACA. Dans la région, "96% des conducteurs employés dans les activités marchandises sont des conducteurs de poids lourds. Près de 7 conducteurs de marchandises sur 10 exercent en courte distance ou régional contre 1 sur 2 au plan national", précise le rapport régional 2018 de l’OPTL PACA (Observatoire prospectif des métiers et des qualifications dans le transport et la logistique).

3 900 établissements de transport routier

Selon ce même rapport de l’OPTL, le secteur du transport routier de marchandises comptait au 31 décembre 2017 environ 3 900 établissements en Provence-Alpes-Côte d’Azur, dont 1 864 employant des salariés et un peu plus de 2 000 indépendants. Dans la première catégorie, 66% des établissements employaient entre 1 et 9 salariés au 31 décembre 2017, 29% entre 10 et 49 salariés et 5% plus de 50 salariés. "Le transport routier de marchandises stricto sensu est le secteur le plus représentatif de la branche puisqu’il rassemble près de la moitié des effectifs salariés (49%), soit 24 333 salariés", précise l’OPTL.

Spécialisation par filière comme les fruits et légumes, par axe géographique comme la Corse ou l’Italie : les transporteurs routiers de la région peuvent capitaliser sur un certain nombre d’atouts spécifiques. PACA s’appuie aussi sur un bassin de population significatif, propice à l’acheminement de biens de consommation. Le tissu industriel local, en revanche, reste modeste, si on le compare par exemple à la puissante région limitrophe qu’est Auvergne Rhône-Alpes.

Un tissu portuaire précieux

Mais le grand moteur économique pour les transporteurs de la région reste sans conteste le rôle de porte d’entrée méridionale de PACA pour la France et le sud de l’Europe en général, même si ce rôle est âprement disputé par les pays voisins. "La force du TRM en région Provence-Alpes-Côte d’Azur est la proximité de la mer. Les ports et le Grand Port Maritime de Marseille en particulier assurent une porte ouverte pour des échanges vers d’autres pays via la Méditerranée. La diversité des sites qu’offrent les différentes parties de la région en général, et le port en particulier, permet de réaliser du transport terrestre de différents produits (vrac, hydrocarbure, conteneurs, céréales) vers les autres régions de France et d’Europe", met en avant Jean-Yves Astouin, président de la FNTR Provence-Alpes-Côte d’Azur et directeur général de Provence Astouin, dans le Journal des Transports de l’ORT PACA. Un bémol toutefois : "Le manque d’infrastructures autoroutières constitue une faiblesse, en particulier pour desservir les bassins ouest du port. Les réalisations de la liaisons Fos-Salon et du contournement d’Arles faciliteraient les acheminements", estime le président.

"Les ports de Marseille-Fos, Toulon et Nice constituent des débouchés naturels de marchandises dont il faut renforcer l’attractivité. L’objectif est de faire converger les navires vers les ports de la façade méditerranéenne, plutôt que vers Anvers ou Rotterdam. Il faut donc accompagner les ports et l’ensemble des acteurs des chaînes portuaires, dans une approche d’axe Rhône-Saône et en visant la complémentarité entre les ports de la façade méditerranéenne. L’intérêt du territoire n’est pas de voir passer les marchandises dans des "ports couloirs", en subir les nuisances, sans en tirer le moindre bénéfice. C’est en ancrant les chaînes logistiques sur nos territoires que l’on fixera les trafics dans nos ports et que l’on créera durablement de la valeur et de l’emploi", souligne le Préfet de région, Pierre Dartout, dans un édito publié dans le Journal des Transports de l’ORT. Pour cela, il préconise une amélioration de la connectivité des ports, en "maintenant une desserte routière de qualité". On l’a vu, les transporteurs réclament pour leur part de vraies améliorations.

Renforcer la compétitivité du ferroviaire et du fluvial pour développer l’hinterland est également à l’ordre du jour, même si ce mouvement a déjà été largement entamé par le GPMM, notamment sous la houlette de l’ancienne présidente du directoire du port, Christine Cabau Woehrel. Étendre l’hinterland à la Suisse, l’Allemagne du Sud, le Grand Est et même le Bénélux constitue pour le GPMM un enjeu stratégique. La région est au demeurant assez dynamique en matière de transport combiné, notamment autour de quatre zones : Avignon, Marseille, Fos et Miramas. "Ces 4 sites traitent environ 280 000 UTI par an, avec 70 liaisons TC hebdomadaires", évalue une étude publiée en janvier 2019 par l’Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise (AGAM).

Des relations plus étroites avec les transporteurs

Si le report modal est à l’ordre du jour, le port a aussi fait des efforts pour fluidifier les relations avec les transporteurs routiers. "La place portuaire de Marseille-Fos a pris conscience de l’importance du transporteur routier dans la chaîne logistique. Nous sommes aujourd’hui associés aux réunions d’information qui concernent les aménagements du GPMM et des terminaux utilisés par les transporteurs routiers. En tant que gérant de ma société de transport, je vais souvent sur le terrain, pour voir à quoi les conducteurs sont confrontés. Je possède toujours mon permis poids lourd, et je vais parfois charger ou décharger un conteneur à Fos. Si je note des anomalies, je les signale lors des réunions, afin d’améliorer la sécurité et la fluidité des flux de marchandises", témoignait Jean-Yves Astouin dans une interview accordée en octobre 2018 à MGi, la société qui gère le Cargo Community System du port.

L’idylle a toutefois été quelque peu mise à mal lors des mouvements sociaux qui ont agité les ports français avant et pendant la discussion du projet de loi sur la réforme des retraites, fin 2019-début 2020. Selon une enquête menée à l’époque par la FNTR, PACA était dans le Top 3 des régions les plus touchées, avec 46% des entreprises de transport routier de PACA qui signalaient une perte de chiffre d’affaires liée à ces mouvements. "Les entreprises ayant une activité multimodale rail-route ont aussi été impactées par les mouvements sociaux, notamment en raison des importants blocages des trains conteneurs", soulignait la FNTR.

Quelques semaines plus tard, le port de Marseille-Fos a annoncé le lancement d’un Pacte d’engagement, avec à la clef une série de mesures commerciales exceptionnelles pour reconquérir les clients. "Nous déplorons une politique commerciale à deux vitesses. Le port craint pour son attractivité à l’international et veut faire revenir les chargeurs mais n’a aucune considération pour les milliers et milliers d’euros de pertes sèches auxquelles ont dû faire face les transporteurs routiers. Certains ont mis la clef sous la porte, d’autres sont très fragilisés", affirmait Jean-Christophe Pic, le président de la FNTR, dans un communiqué de février 2020.

À l’aune de la pandémie intervenue depuis, cet épisode pourrait presque paraître anecdotique. C’est pourtant l’occasion de souligner que l’année 2020 sera certainement très difficile pour les transporteurs de la région PACA, qui ont cumulé les aléas. Le transport routier dans son ensemble a réclamé à plusieurs reprises un plan de soutien à la mesure du rôle stratégique qui lui a été reconnu pendant le confinement. Souhaitons qu’il voie le jour, pour le bénéfice des transporteurs routiers de PACA...et de toute la France !