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Espagne : une nouvelle donne pour le transport combiné vers l’Europe

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Publié le 30/04/2026
Modifié le 30/04/2026
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Espagne : une nouvelle donne pour le transport combiné vers l’Europe

Longtemps pénalisé par un écartement ferroviaire spécifique, l’Espagne accélère son intégration au réseau européen. Plusieurs projets importants lancés en Espagne ouvrent la voie à l’augmentation des flux ferroviaires avec le reste de l’Europe, le trafic intermodal étant le principal moteur.

Pays voisins, séparés par la barrière physique que constitue la chaîne de montagne des Pyrénées (430 km), l’Espagne et la France entretiennent des relations commerciales intenses. Pour des raisons géographiques évidentes, le territoire français est par ailleurs la voie de passage incontournable pour le commerce assuré par voie terrestre entre l’Espagne et les autres pays de l’Union européenne (hors Portugal). En 2025, l’UE 27 a représenté 62 % des exportations totales espagnoles, et 49,4 % des importations.

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Source : ministère espagnol de l’Économie, du Commerce et de l’Entreprise.

L’état des lieux du trafic France-Espagne-Europe

L’analyse de la circulation des marchandises entre l’Espagne et le reste de l’Europe montre une prédominance du transport routier de marchandises (TRM). Celle-ci a cependant tendance à diminuer en fonction de l’éloignement géographique par rapport à la péninsule.

Le poids du transport routier de marchandises

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Source : Observatoire franco-espagnol des trafics dans les Pyrénées . Créé en 1998 lors du sommet intergouvernemental franco-espagnol de La Rochelle,  l'OTP a été conçu comme un groupe de travail conjoint rassemblant des personnels des ministères chargés des transports des deux pays.

Les chiffres publiés par l’Observatoire franco-espagnol des trafics dans les Pyrénées (OTP), qui portent sur l’année 2023, montrent la situation suivante :

  • Espagne - France : 83,1 millions de tonnes (Mt) ont été transportées, dont 82,1% par la route, 14,2% par la voie maritime et, et 0,8% seulement par le rail.
  • Espagne - reste de l’UE : la part de marché du transport routier est moindre, s’établissant à 37,1 % contre 61,8% pour le transport maritime.
  • Espagne-Europe non-UE : le transport maritime occupe une place écrasante avec une part de marché de 96,5 %, contre 3,3% seulement pour le transport routier. 

Dans tous les cas de figure, le poids du transport ferroviaire est dérisoire. Il représente moins de 1% des flux globaux de transport entre l’Espagne et l’Europe dans son ensemble.

Cette situation s’explique historiquement par la différence d’écartement de voies entre le réseau ferroviaire espagnol (1 668 mm) et le reste du réseau européen (1 435 mm, écartement dit « standard » ou UIC). En Espagne, une décision historique a néanmoins commencé à faire bouger les choses : le choix de construire des lignes à grande vitesse (LGV) avec un écartement standard. La première, Madrid-Séville, est entrée en service en 1992. Une transformation de grande ampleur a alors été engagée. En 2024, 70,5 % du réseau espagnol était à écartement ibérique contre 80,6 % en 2010, 21,9 % à écartement standard ou mixte, le solde (7,6 %) correspondant à l’écartement métrique, selon un rapport de la Commission nationale des marchés et de la concurrence.

Le potentiel de développement du transport combiné

La stratégie espagnole s’inscrit dans un cadre plus vaste, celui des réseaux transeuropéens de transport (RTE-T) qui concernent l’Espagne (...) Cet engagement espagnol en matière d’infrastructures s’accompagne d’une volonté de développer le fret ferroviaire, qui représente moins de 4% du transport terrestre de marchandises, un des ratios les plus bas au sein de l’UE.

Un regain d’intérêt pour l’intermodalité

Le plan « Marchandises 30 » du gouvernement espagnol, destiné à relancer le transport ferroviaire de marchandises, prévoit de porter la part du rail dans le transport terrestre de marchandises à 10% en 2030 contre 3,6 % en 2021. Plusieurs initiatives ont été mises en place afin de favoriser le report modal, notamment :

  • Le développement des autoroutes ferroviaires (AF) : Adif a défini une série d’axes, dont le plus important concerne une future « ligne » entre Algésiras et Saragosse via Madrid (1 074 km en tout). Les travaux d’adaptation de la voie sont en cours. En juin 2025, la première autoroute ferroviaire espagnole, entre le port de Valence et Madrid est entrée en service. Une deuxième liaison entre Valence et le Portugal est opérationnelle depuis janvier 2026, le voisin lusophone ayant le même écartement de voie. Tous ces projets incluent un écartement ibérique.
  • La création d’un réseau de 7 plateformes intermodales prioritaires : Adif a choisi sept grands pôles : Barcelone (La Llagosta) ; Valence (Fuente de San Luis), Madrid (Vicalvaro), Valladolid, Séville (Majarabique), Vitoria (Jundiz) et Saragosse (Plaza). Un important programme d’investissements a été engagé grâce aux financements européens de l’initiative NexGenerationEU.

Un trafic encore modeste

Ces initiatives, lancées au début de la présente décennie, n’ont guère porté leurs fruits jusqu’ici. Mais ce contexte difficile ne doit pas masquer l’existence de connexions intermodales transfrontalières régulières à fort remplissage, qui témoignent de l’existence d’une demande et donc d’un marché (...)

 

AU SOMMAIRE

  1. L’état des lieux du trafic France-Espagne-Europe

    Le poids du transport routier de marchandises

    Le cas particulier des flux franco-espagnols

  2. La transformation des corridors ferroviaires franco-espagnols

    Le Corridor méditerranéen : des progrès déjà mesurables

    Le Corridor atlantique : un projet ambitieux

    Les incertitudes d’une connexion au milieu des Pyrénées

  3. Le potentiel de développement du transport combiné

    Un regain d’intérêt pour l’intermodalité

    Un trafic encore modeste

    Un potentiel réel de développement

 

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Daniel Solano

Journaliste économique

basé en Espagne, il est spécialisé dans les questions de commerce international et de transports.