Pays voisins, séparés par la barrière physique que constitue la chaîne de montagne des Pyrénées (430 km), l’Espagne et la France entretiennent des relations commerciales intenses. Pour des raisons géographiques évidentes, le territoire français est par ailleurs la voie de passage incontournable pour le commerce assuré par voie terrestre entre l’Espagne et les autres pays de l’Union européenne (hors Portugal). En 2025, l’UE 27 a représenté 62 % des exportations totales espagnoles, et 49,4 % des importations.
Source : ministère espagnol de l’Économie, du Commerce et de l’Entreprise.
L’analyse de la circulation des marchandises entre l’Espagne et le reste de l’Europe montre une prédominance du transport routier de marchandises (TRM). Celle-ci a cependant tendance à diminuer en fonction de l’éloignement géographique par rapport à la péninsule.
Source : Observatoire franco-espagnol des trafics dans les Pyrénées . Créé en 1998 lors du sommet intergouvernemental franco-espagnol de La Rochelle, l'OTP a été conçu comme un groupe de travail conjoint rassemblant des personnels des ministères chargés des transports des deux pays.
Les chiffres publiés par l’Observatoire franco-espagnol des trafics dans les Pyrénées (OTP), qui portent sur l’année 2023, montrent la situation suivante :
Dans tous les cas de figure, le poids du transport ferroviaire est dérisoire. Il représente moins de 1% des flux globaux de transport entre l’Espagne et l’Europe dans son ensemble.
Cette situation s’explique historiquement par la différence d’écartement de voies entre le réseau ferroviaire espagnol (1 668 mm) et le reste du réseau européen (1 435 mm, écartement dit « standard » ou UIC). En Espagne, une décision historique a néanmoins commencé à faire bouger les choses : le choix de construire des lignes à grande vitesse (LGV) avec un écartement standard. La première, Madrid-Séville, est entrée en service en 1992. Une transformation de grande ampleur a alors été engagée. En 2024, 70,5 % du réseau espagnol était à écartement ibérique contre 80,6 % en 2010, 21,9 % à écartement standard ou mixte, le solde (7,6 %) correspondant à l’écartement métrique, selon un rapport de la Commission nationale des marchés et de la concurrence.
La stratégie espagnole s’inscrit dans un cadre plus vaste, celui des réseaux transeuropéens de transport (RTE-T) qui concernent l’Espagne (...) Cet engagement espagnol en matière d’infrastructures s’accompagne d’une volonté de développer le fret ferroviaire, qui représente moins de 4% du transport terrestre de marchandises, un des ratios les plus bas au sein de l’UE.
Le plan « Marchandises 30 » du gouvernement espagnol, destiné à relancer le transport ferroviaire de marchandises, prévoit de porter la part du rail dans le transport terrestre de marchandises à 10% en 2030 contre 3,6 % en 2021. Plusieurs initiatives ont été mises en place afin de favoriser le report modal, notamment :
Ces initiatives, lancées au début de la présente décennie, n’ont guère porté leurs fruits jusqu’ici. Mais ce contexte difficile ne doit pas masquer l’existence de connexions intermodales transfrontalières régulières à fort remplissage, qui témoignent de l’existence d’une demande et donc d’un marché (...)
AU SOMMAIRE
Le poids du transport routier de marchandises
Le cas particulier des flux franco-espagnols
La transformation des corridors ferroviaires franco-espagnols
Le Corridor méditerranéen : des progrès déjà mesurables
Le Corridor atlantique : un projet ambitieux
Les incertitudes d’une connexion au milieu des Pyrénées
Le potentiel de développement du transport combiné
Un regain d’intérêt pour l’intermodalité
Un trafic encore modeste
Un potentiel réel de développement