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Fret aérien : la demande accélère, l’offre se contracte

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Publié le 15/10/2026
Modifié le 15/10/2026
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Fret aérien : la demande accélère, l’offre se contracte

En bref

En août 2026, la demande mondiale de fret aérien a progressé de 4,4 % sur un an selon l’IATA, et de 5,3 % à l’international. La capacité a reculé de 0,1 %, ce qui a porté le coefficient de remplissage à 46 %.

  • Le corridor Asie-Amérique du Nord a progressé de 13,2 % en août 2026, porté par les flux liés à l’IA.
  • Les tonnages Chine et Hong Kong vers l’Europe ont reculé de 14 % sur un an en août 2026.
  • Le prix mondial du kérosène a atteint 157 $ le baril en août 2026, en hausse de 79,2 % sur un an.
  • La recette unitaire moyenne du fret aérien a augmenté de 24,9 % sur un an en août 2026.
  • L’OMC prévoit une hausse du commerce mondial de marchandises de 3,9 % en volume en 2026.

Mis à jour le

La demande mondiale de fret aérien a augmenté de 4,4 % en août 2026 en glissement annuel, alors que l’offre a légèrement reculé. La flambée du kérosène met toutefois les marges des compagnies aériennes sous pression.

1/ Offre et demande


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* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.

  • Demande

La demande mondiale de fret aérien, exprimée en tonnes-kilomètres de fret, a progressé de 4,4 % en glissement annuel, et de 5,3 % sur les seules liaisons internationales. La croissance accélère par rapport à juillet (+3,9 %) et profite aux compagnies aériennes de toutes les zones géographiques. Elle reste toutefois concentrée sur les compagnies d’Amérique du Nord et d’Asie-Pacifique, qui génèrent à elles seules 72 % de la hausse du trafic mondial selon l’IATA. Les compagnies nord-américaines, en particulier, affichent la plus forte progression à l’international (+10,1 %).

  • Offre

La capacité, mesurée en tonnes-kilomètres de fret disponibles, a reculé de 0,1 % globalement par rapport à août 2025, et n’a progressé que de 0,1 % pour les opérations internationales. Cette contraction s’explique par la réduction de capacités opérée par les compagnies européennes (-3,5 %) et nord-américaines (-2,5 %). Cela correspond à un retrait cumulé d’environ 756 millions de tonnes-kilomètres disponibles. Le coefficient de remplissage a ainsi gagné 2 points globalement pour atteindre 46 %, et 2,6 points à l’international (51,3 %).

  • Cumul annuel

En cumul annuel à fin août, le trafic mondial de fret aérien affiche une croissance de 4,6 %, pour une offre en hausse de 1,5 %. Seules les compagnies du Moyen-Orient, directement affectées par la guerre dans le golfe Persique, affichent un recul (-6,5 %) : l’érosion de trafic subie entre mars et juin n’a pas encore été compensée par les résultats de janvier, février, juillet et août.

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* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.

2/ Évolution par corridor

    • Asie-Amérique du Nord : le plus important corridor mondial constitue une nouvelle fois la principale source de croissance avec une hausse de 13,2 % en août, en nette accélération. Il affiche ainsi "7 mois consécutifs de progression et 4 mois de croissance à deux chiffres", souligne l’IATA. Les flux liés aux infrastructures d’intelligence artificielle continuent de soutenir les volumes à destination des États-Unis. Selon WorldACD, les tonnages de la Chine et de Hong Kong vers les États-Unis ont progressé de 13 % sur un an en août (+15 % au départ de la Chine continentale, +9 % au départ de Hong Kong), un rythme toutefois en retrait par rapport à mai et juin (+19 % et +20 %).
    • Asie-Europe : deuxième axe mondial, le corridor Asie-Europe a connu une augmentation de 3,1 % au mois d’août du trafic exprimé en tonnes-km, au même rythme qu’en juillet, soit un 42e mois consécutif de hausse. La croissance reste néanmoins nettement inférieure à celle du premier semestre. "Ce ralentissement coïncide avec l’entrée en vigueur, le 1er juillet 2026, de la nouvelle législation européenne sur les petits colis", indique l’IATA. Un droit de douane forfaitaire de 3 € par article s’applique désormais aux colis d’une valeur inférieure à 150 € en provenance de pays tiers, ce qui a ralenti les flux du e-commerce transfrontalier. Selon WorldACD, les tonnages de la Chine et de Hong Kong vers l’Europe ont reculé de 14 % sur un an en juillet comme en août, alors qu’ils étaient stables en juin. La baisse atteint 30 % au départ de Hong Kong, très dépendant de l’e-commerce, contre 5 % au départ de la Chine continentale. Le recul semble toutefois avoir atteint un plancher.
    • Intra-Asie : le trafic a progressé d’environ 6 % en août, un rythme stable par rapport à juillet, toujours soutenu par les flux liés au développement de l’intelligence artificielle.
    • Transatlantique : sur cet axe, le trafic a progressé de 4,3 % en glissement annuel en août, enregistrant sa plus forte croissance depuis 17 mois.
    • Moyen-Orient : la région continue à souffrir du conflit dans le golfe Persique, avec un recul de 15,1 % sur l’axe Europe/Moyen-Orient et de 14,6 % sur l’axe Moyen-Orient/Asie. Ces baisses s’accentuent par rapport à juillet, et s’inscrivent dans une série de six mois consécutifs de repli.

3/ L’évolution des prix

En août, le cours moyen du Brent s’est établi à 90,8 $/baril, en hausse de 8,9 % sur juillet et de 33,1 % sur un an, sur fond de perturbations persistantes des approvisionnements dans le golfe Persique. Les tensions sur le raffinage ont amplifié le choc : le prix mondial du kérosène a atteint 157 $/baril, en hausse de 8,3 % sur un mois et de 79,2 % en glissement annuel, son plus haut niveau pour un mois d’août depuis 13 ans. Cette hausse se répercute sur les surcharges carburant, et par voie de conséquence sur les taux de fret. Selon l’IATA, la recette unitaire moyenne a progressé de 1,3 % sur un mois, mettant fin à trois mois de baisse, et de 24,9 % en glissement annuel.

Les données de WorldACD confirment le niveau élevé des prix. En août, les taux moyens mondiaux, spot et contrats confondus, étaient supérieurs de 22 % à ceux d’août 2025, contre +24 % en juillet, +33 % en juin et +37 % en mai. Sur les corridors suivis par Upply, les taux de fret sont pour leur part restés globalement stables en août par rapport à juillet, avec des variations comprises entre -2,2 % (Europe/Moyen-Orient) et +3,5 % (Europe/Amérique du Nord, côte Est).

4/ Tendances et perspectives

  • Demande de transport aérien

La demande est restée bien orientée. En août, le PMI manufacturier mondial (production) a atteint 53,0, et l’indice des nouvelles commandes à l’export a gagné 1,4 point à 51,4 : les deux indicateurs sont donc restés en zone d’expansion. Les volumes du commerce mondial de marchandises ont quant à eux affiché une hausse de 6 % sur un an en juillet, selon le CPB World Trade Monitor. En septembre, les chargeurs ont en outre accéléré leurs expéditions en prévision de la Golden Week chinoise (1er-7 octobre 2026).

Sur l’ensemble de 2026, le conflit au Moyen-Orient pèse sur les échanges, mais l’essor des investissements dans l’intelligence artificielle l’emporte. Dans sa mise à jour d’octobre, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a fortement relevé sa prévision de croissance du commerce mondial de marchandises en volume, à +3,9 % en 2026 contre +1,9 % prévu en mars, après +4,2 % en 2025. Elle table sur +4,1 % en 2027. Les biens liés à l’IA (semi-conducteurs, équipements pour centres de données…) ont représenté 47 % de la croissance du commerce mondial de marchandises en valeur au premier semestre 2026. Ce scénario suppose toutefois une résolution rapide du conflit au Moyen-Orient : une nouvelle escalade pourrait peser sur les prix de l’énergie, tandis qu’un ralentissement des investissements dans l’IA aurait un impact significatif sur les échanges.

  • Offre de transport aérien

Après un net repli en mai et juin, les prix du kérosène sont repartis à la hausse. Jusqu’à présent, les compagnies aériennes ont plutôt réussi à répercuter ces augmentations grâce au mécanisme des surcharges carburant, et à maintenir des taux de fret élevés. Cela tient aussi à leur gestion prudente des capacités, comme en témoigne le recul de l’offre des compagnies européennes et nord-américaines en août.

La pression ne faiblit pas : les prix du kérosène ont atteint en septembre leur plus haut niveau depuis six mois. De nouvelles hausses des surcharges carburant sont donc à prévoir, au moment où la saison haute démarre.

Les compagnies aériennes parviennent jusqu’ici à limiter l’impact de la hausse des coûts, même si leurs marges restent sous pression. L’évolution de la demande sera un point crucial dans les semaines et les mois qui viennent. L’inflation est en effet fortement repartie à la hausse dans les économies occidentales (3,8 % sur un an en septembre dans la zone euro, 3,4 % en août aux États-Unis), ce qui pourrait peser sur la consommation des ménages et les investissements des entreprises. L’essentiel de la croissance repose aujourd’hui sur le "moteur IA".

Anne Kerriou

Responsable éditoriale

Diplômée de l'École Supérieure de Journalisme de Lille, Anne a exercé l’essentiel de sa carrière dans la presse spécialisée Commerce international & Logistique, avant de rejoindre Upply.