Selon l’IATA, la demande mondiale de fret aérien, exprimée en tonnes-kilomètres de fret, a reculé de 4,8 % en mars 2026 par rapport à mars 2025. Sur les seules liaisons internationales, la baisse atteint 5,5 %.
Le décrochage est très concentré géographiquement. Les compagnies du Moyen-Orient affichent une chute spectaculaire de 54,3 % du trafic global et de 54,2 % du trafic international. À l’inverse, toutes les autres régions enregistrent une hausse de trafic, à l’exception de l’Amérique du Nord, qui constate un léger recul de 1,2 %.
Les capacités ont diminué dans des proportions assez proches de celles du trafic, avec une baisse de 4,7 % au niveau global et de 6,8 % sur l’international, ce qui a permis au coefficient de remplissage de rester quasiment stable à 47,9 %. Les volumes acheminés par les avions tout cargo n’ont reculé que de 0,9 %, contre une chute de 12,1 % pour le fret transporté à bord des avions mixtes, les réseaux passagers ayant été davantage perturbés par les restrictions d’espace aérien et les réorganisations de fréquences.
* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.
Cette rupture intervient après deux premiers mois porteurs. Sur l’ensemble du premier trimestre, le marché reste encore positif, avec une progression de 3,3 % des volumes mondiaux et de 3,6 % sur l’international. Mais le mois de mars marque un net changement de tendance.
* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.
L’analyse par grands axes menée par l’IATA confirme l’ampleur de la désorganisation des flux liés à la situation dans le Golfe Persique.
La baisse des volumes n’a pas entraîné de détente tarifaire. Au contraire, les prix ont continué à grimper, sous l’effet de la flambée du kérosène. L’IATA indique que le prix du jet fuel a bondi de 106,6 % en glissement annuel en mars, atteignant son plus haut niveau depuis plus de 23 ans !
La recette unitaire moyenne a augmenté de 13,6 %, à la fois sur un mois et sur un an, pour atteindre 2,75 dollars/kg, selon l'IATA. Les données Upply confirme cette dynamique, avec un impact très direct sur le corridor Europe/Moyen-Orient, mais aussi sur le corridor Asie-Europe qui subit une contraction des capacités.
Source : Upply.
Selon les données préliminaires de WorldACD, le mois d’avril a été marqué par un net rebond des volumes, après le décrochage observé en mars. Les prix ont poursuivi leur envolée, le prix moyen mondial du fret aérien se situant à 3,17 dollars/kg en avril, son niveau le plus élevé depuis le début de l’année.
Les indicateurs macroéconomiques restent mitigés. L’IATA souligne que l’activité manufacturière mondiale demeure en zone d’expansion, avec un indice PMI des directeurs des achats à 51,4 et un indice des nouvelles commandes à l’export à 50,1. Ces conditions sont favorables à la demande de fret aérien. Le fret aérien, en raison de sa réactivité, peut même dans une certaine mesurer tirer son épingle du jeu, en offrant la souplesse nécessaire aux chaînes d’approvisionnement lorsqu’il faut s’ajuster à des conditions géopolitiques mouvantes.
Cependant, des nuages planent aussi sur l’activité. Les grandes institutions mondiales ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance économique pour l’ensemble de l’année. D’autre part, le conflit au Moyen-Orient a un impact lourd sur l’approvisionnement en carburant. Au-delà même de la flambée des prix, la pénurie de kérosène constitue aujourd’hui une menace sérieuse.
Le facteur déterminant des prochains mois sera donc la durée du conflit au Moyen-Orient car plus il dure, et plus la normalisation prendra du temps. Le fret aérien aborde donc le deuxième trimestre dans une situation mitigée : la demande semble capable de rebondir rapidement, mais les difficultés opérationnelles persistent et les coûts et les prix augmentent.