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Fret aérien : le choc du Moyen-Orient casse la dynamique du marché

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Publié le 19/05/2026
Modifié le 19/05/2026
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Fret aérien : le choc du Moyen-Orient casse la dynamique du marché

Après un début d’année très dynamique, le fret aérien mondial a brutalement décroché en mars 2026. La désorganisation des hubs du Golfe, la flambée du kérosène et les effets calendaires liés au Nouvel An chinois ont provoqué une contraction des volumes, tout en alimentant une forte tension sur les prix.

1/ L’évolution de l’offre et de la demande

Selon l’IATA, la demande mondiale de fret aérien, exprimée en tonnes-kilomètres de fret, a reculé de 4,8 % en mars 2026 par rapport à mars 2025. Sur les seules liaisons internationales, la baisse atteint 5,5 %.

Le décrochage est très concentré géographiquement. Les compagnies du Moyen-Orient affichent une chute spectaculaire de 54,3 % du trafic global et de 54,2 % du trafic international. À l’inverse, toutes les autres régions enregistrent une hausse de trafic, à l’exception de l’Amérique du Nord, qui constate un léger recul de 1,2 %.

Les capacités ont diminué dans des proportions assez proches de celles du trafic, avec une baisse de 4,7 % au niveau global et de 6,8 % sur l’international, ce qui a permis au coefficient de remplissage de rester quasiment stable à 47,9 %. Les volumes acheminés par les avions tout cargo n’ont reculé que de 0,9 %, contre une chute de 12,1 % pour le fret transporté à bord des avions mixtes, les réseaux passagers ayant été davantage perturbés par les restrictions d’espace aérien et les réorganisations de fréquences.

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* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.

Cette rupture intervient après deux premiers mois porteurs. Sur l’ensemble du premier trimestre, le marché reste encore positif, avec une progression de 3,3 % des volumes mondiaux et de 3,6 % sur l’international. Mais le mois de mars marque un net changement de tendance.

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* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.

Une forte divergence entre corridors

L’analyse par grands axes menée par l’IATA confirme l’ampleur de la désorganisation des flux liés à la situation dans le Golfe Persique.

  • Le corridor Europe-Asie reste le plus dynamique, avec une croissance de 14,2 % en glissement annuel, poursuivant une longue série de 37 mois de hausse ininterrompue. En mars, cet axe a en partie bénéficié d’un effet de réorganisation des réseaux, les compagnies ayant développé des vols directs en raison des difficultés opérationnelles qui frappent les hubs du Moyen-Orient.
  • Les flux intra-Asie progressent également de 7,5 %, soutenus par les échanges manufacturiers régionaux.
  • En revanche, les corridors directement exposés au Moyen-Orient plongent : Moyen-Orient/Asie recule de 58,6 % et Europe/Moyen-Orient de 57,6 %.
  • L’axe Europe-Amérique du Nord bascule aussi légèrement dans le rouge, à -3,4% en glissement annuel. Cependant, l’IATA souligne que cette tendance s’explique essentiellement par un effet de normalisation. Même si l’annonce tonitruante des nouveaux droits de douane aux États-Unis n’était intervenue que le 2 avril, les importateurs avaient commencé à constituer des stocks dès le mois de mars car la menace planait déjà.
  • Les échanges entre l'Asie et l'Amérique du Nord sont restés positifs, mais ont aussi perdu de leur élan, n'enregistrant qu'une hausse de 0,8 %. Là aussi, ce ralentissement des flux transpacifiques semble indiquer principalement un retour à la normale après l'anticipation temporaire de la demande observée l'année dernière à cette période.

2/ L’évolution des prix

La baisse des volumes n’a pas entraîné de détente tarifaire. Au contraire, les prix ont continué à grimper, sous l’effet de la flambée du kérosène. L’IATA indique que le prix du jet fuel a bondi de 106,6 % en glissement annuel en mars, atteignant son plus haut niveau depuis plus de 23 ans !

La recette unitaire moyenne a augmenté de 13,6 %, à la fois sur un mois et sur un an, pour atteindre 2,75 dollars/kg, selon l'IATA. Les données Upply confirme cette dynamique, avec un impact très direct sur le corridor Europe/Moyen-Orient, mais aussi sur le corridor Asie-Europe qui subit une contraction des capacités.

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Source : Upply.

Selon les données préliminaires de WorldACD, le mois d’avril a été marqué par un net rebond des volumes, après le décrochage observé en mars. Les prix ont poursuivi leur envolée, le prix moyen mondial du fret aérien se situant à 3,17 dollars/kg en avril, son niveau le plus élevé depuis le début de l’année.

3/ Tendances et perspectives

Les indicateurs macroéconomiques restent mitigés. L’IATA souligne que l’activité manufacturière mondiale demeure en zone d’expansion, avec un indice PMI des directeurs des achats à 51,4 et un indice des nouvelles commandes à l’export à 50,1. Ces conditions sont favorables à la demande de fret aérien. Le fret aérien, en raison de sa réactivité, peut même dans une certaine mesurer tirer son épingle du jeu, en offrant la souplesse nécessaire aux chaînes d’approvisionnement lorsqu’il faut s’ajuster à des conditions géopolitiques mouvantes.

Cependant, des nuages planent aussi sur l’activité. Les grandes institutions mondiales ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance économique pour l’ensemble de l’année. D’autre part, le conflit au Moyen-Orient a un impact lourd sur l’approvisionnement en carburant. Au-delà même de la flambée des prix, la pénurie de kérosène constitue aujourd’hui une menace sérieuse.

Le facteur déterminant des prochains mois sera donc la durée du conflit au Moyen-Orient car plus il dure, et plus la normalisation prendra du temps. Le fret aérien aborde donc le deuxième trimestre dans une situation mitigée : la demande semble capable de rebondir rapidement, mais les difficultés opérationnelles persistent et les coûts et les prix augmentent.

Anne Kerriou

Responsable éditoriale

Diplômée de l'École Supérieure de Journalisme de Lille, Anne a exercé l’essentiel de sa carrière dans la presse spécialisée Commerce international & Logistique, avant de rejoindre Upply.