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Sécurité maritime : les 4 points-clefs du rapport Allianz 2026

Rédigé par Jérôme de Ricqlès | 11 août 2026

Notre expert maritime Jérôme de Ricqlès revient sur les principaux enseignements du rapport 2026 sur la sécurité maritime publié par l’assureur Allianz.

Une compagnie maritime n’est décidément pas tout à fait un fournisseur comme un autre. Le monde de la supply chain l’a constaté, parfois dans la douleur, ces dernières années : les sources d’aléas se multiplient. Acheter seulement du prix, comme cela fut le cas pendant des décennies, n’a plus réellement de valeur tellement l’équation prix / service / incertitudes s’est compliquée sous la pression de facteurs exogènes.

Dans son rapport annuel 2026 sur la sécurité maritime, Allianz Commercial, le centre d’expertise de l’assureur Allianz, propose un état des lieux très fourni des incidents qui ont frappé le secteur en 2025, mais aussi des grandes tendances en matière de risques.

Nous vous invitons vivement à lire ce rapport qui est devenu un document de référence, et pour vous mettre en appétit, nous vous en proposons une lecture personnelle, en focalisant sur 4 problématiques qui nous tiennent particulièrement à cœur.

1/ La baisse fragile de la sinistralité

Premier constat, et il est réjouissant : la sinistralité baisse. Entre 2016 et fin 2020, 555 pertes totales ont été recensées, soit une moyenne de 111 par an. Ensuite, entre 2021 et fin 2025, ce chiffre est tombé à 350, soit une moyenne de 70, ce qui représente une baisse de 37 % par rapport aux cinq années précédentes, souligne Allianz. Clairement, malgré sa croissance assez forte, le secteur maritime marchand a touché les dividendes d’efforts de long terme consentis en matière d’améliorations techniques continues, de formation et de sécurité.

Mais attention, la sinistralité des derniers mois semble repartir à la hausse sous la pression des facteurs géopolitiques.

2/ Le vieillissement de la flotte

Deuxième constat, préoccupant : la flotte vieillit, ce qui a un impact direct sur la sinistralité. « L’âge moyen de la flotte maritime mondiale a atteint 23 ans en 2025. Les navires âgés de 20 ans ou plus représentent désormais près d’un quart de la flotte mondiale de porte-conteneurs, soit la proportion la plus élevée depuis des décennies, car l’instabilité géopolitique et les capacités limitées des chantiers navals retardent le renouvellement de la flotte », précise le rapport Allianz.

L’exploitation de navires de plus de 25 ans, portés par des valeurs résiduelles toujours élevées, n’est donc pas un phénomène marginal. Les bris et pannes de machines sont en conséquence plus fréquentes. De plus, l’utilisation de pièces de rechange de moindre qualité et non approuvées par les constructeurs est en hausse, pour des raisons de coût et de disponibilité.

Allianz identifie un point de vigilance spécifique : l’utilisation accrue de navires plus anciens dans des milieux hostiles comme l’Arctique qui peuvent peser lourdement dans les statistiques.

3/ L’augmentation des incendies 

Troisième constat, le développement rapide de l’électrification des usages pose des difficultés pour les activités de transport maritime associées, en augmentant le risque d’incendie. C’est notamment le cas pour le transport de batteries au lithium-ion.

Les sinistres associés sont graves et coûteux. Les emballements thermiques se multiplient, et la lutte contre ce type de feu particulier est complexe. Selon Allianz, la réglementation n’accompagne pas aussi vite que nécessaire l’évolution des technologies. Une classification IMDG en classe 9 (produits faiblement dangereux) paraît aujourd’hui totalement inappropriée.

D’autre part, les compagnies sont souvent victimes de fausses déclarations de marchandises, ce qui provoque des sur-accidents et une augmentation des déclarations de navires en avarie commune.

Les entreprises s’efforcent de s’adapter à ce nouveau risque en développement des solutions spécifique. Ceva Logistics, par exemple, a annoncé en mars 2026 le lancement d'une nouvelle solution de transport maritime sécurisée dédiée à l'expédition de batteries lithium-ion usagées vers l'Europe continentale. Mais le sujet requiert une réponse bien plus globale. Compte tenu de sa croissance, ce segment de marché mériterait presque aujourd’hui de bénéficier d’une offre dédiée en matière de navires, afin d’isoler le risque.

4/ Le risque occasionné par les « fuel shifts »

Quatrième constat : Allianz pointe le risque supplémentaire occasionné par les « fuel shifts », c’est-à-dire le basculement d’une énergie à une autre sur les navires à énergies duales.

Ces opérations se font en générale à proximité des côtes, où les réglementations environnementales peuvent imposer le recours à un carburant plus propre. Or elles peuvent engendrer des pannes de courant qui, même si elles ne durent que quelques minutes, peuvent conduire à une perte totale de manœuvrabilité dans des zones denses en population, en navires et en écueils de toute sorte. C’est un nouveau risque pour lequel formation et conformité technique des procédures doivent être améliorées d’urgence. Sur le MV Dali, qui a percuté le pont métallique de Baltimore en mars 2024 et provoqué son effondrement, il a été établi dans le rapport final du Conseil national de la sécurité des transports américains (NTSB) qu’au-delà d’un tableau électrique défectueux comme cause première du sinistre, il avait été fait usage d’un circuit d’alimentation et d’une pompe inappropriée pour assurer les changements d’alimentation en carburant de la machine.

Un autre risque important dont on parle peu, propre aux plus grands porte-conteneurs de 24 000 EVP, mérite à mon avis l’attention. Il s’agit de l’effet de berge, qui perturbe fortement la manœuvrabilité des navires en créant une surpression repoussant l'avant du navire et une zone de dépression qui aspire l'arrière vers la rive (succion), entraînant des risques majeurs d'embardée, de perte de contrôle et d'échouement en espaces étroits. Comme on l’a vu lors de l’accident de l’Ever Given dans le canal de Suez, ces phénomènes physiques ne sont pas forcément les causes primaires d’accidents, mais ils peuvent constituer des facteurs aggravants significatifs. C’est en tout cas un paramètre qui peut peser aussi dans la balance, aux côtés des enjeux majeurs de sécurité et de risque financier, dans les réflexions des compagnies maritimes sur un retour massif des navires de 24 000 EVP via le canal de Suez.

La montée des tensions internationales et les actes de guerre de moins en moins isolés vont clairement avoir un effet inflationniste sur les tarifs des assurances, alors que l’on avance vers une prévisibilité amoindrie. Mais le rapport Allianz a le mérite de faire aussi ressortir toute une série de risques qui passent aujourd’hui davantage sous le radar, et sont pourtant déterminants pour la sécurité maritime.