Market Insights

Conteneurs : le retour via Suez prend de l’ampleur

Rédigé par Jérôme de Ricqlès | 08 octobre 2026

BAROMÈTRE. Malgré les tensions qui subsistent, les compagnies maritimes accentuent le retour des services via la mer Rouge, soucieuses de préserver un ratio tonne/mile acceptable.

La situation au Moyen-Orient

  • Un retour significatif des services maritimes via Suez

Selon un communiqué de l’Autorité du canal de Suez publié le 16 septembre, le tonnage net des porte-conteneurs transitant par le canal a atteint environ 72,1 millions de tonnes durant les huit premiers mois de 2026, ce qui représente une augmentation de 54,2 % par rapport à la même période de 2025. Depuis quelques semaines, notamment, les grandes compagnies maritimes de lignes conteneurisées ont accentué le transit des porte-conteneurs de plus de 10 000 EVP via la mer Rouge.

Le moteur principal de ce mouvement n’est pas la demande. Si les compagnies maritimes font ce choix, c’est avant tout pour des questions de rentabilité. Le contournement via le cap de Bonne-Espérance ne permet pas aux navires de faire autant de rotations dans l’année. Or les charges opérationnelles ont fortement augmenté, et le ratio tonne/mile explose. Comme toutes les grandes compagnies utilisent des modèles d’optimisation assez similaires, il est logique qu'elles opèrent à peu près simultanément ce choix d’un retour accru via Suez, personne ne voulant lâcher un avantage concurrentiel décisif.

Mathématiquement, avec l’envolée du prix des soutes, la route courte via le canal de Suez redevient en effet plus attractive. C’est d’autant plus le cas que l'Autorité du canal de Suez (SCA) fait de gros efforts pour faire revenir les compagnies. "Des politiques tarifaires flexibles et une communication efficace avec les clients ont permis le retour d'un nombre important de services maritimes exploités par les principales compagnies maritimes transitant par le canal de Suez", s’est félicité l'amiral Ossama Rabiee, président de SCA.

Si le retour via le canal de Suez fonctionne dans la durée, les compagnies maritimes devront alors manœuvrer habilement pour éviter une érosion brutale des taux de fret liée au choc de surcapacité. C’est loin d’être une équation simple au vu du nombre d’inconnues (...)

Les autres faits marquants du mois

  • Prix du VLSFO

Au 25 septembre, le carburant marin VLSFO (Very Low Sulfur Fuel Oil) se situait à 868 USD la tonne sur le marché libre de Singapour, contre 689 USD la tonne à Rotterdam. C’est la première fois depuis des décennies que le différentiel est aussi important, le spectre de la pénurie étant plus patent en Asie qu’en Europe actuellement. Ce genre de marqueur est très important pour les compagnies, le fuel représentant en moyenne 25% de la structure de coût opérationnel à la cellule sur un voyage. Ceci peut expliquer aux chargeurs pourquoi les compagnies se montrent très intransigeantes aujourd’hui pour passer, parfois en force, des surcharges fuels complémentaires "exceptionnelles".

On note par ailleurs un différentiel de plus de 150 USD la tonne en faveur de l’IFO 380 (le fuel lourd). Dans le contexte des routes rallongées, c’est un bonus pour les flottes massivement équipées de scrubbers, comme c’est le cas principalement chez MSC.

  • Confirmation d’une saison cyclonique très intense en Asie
C’était attendu, c’est confirmé. La saison des typhons 2026 en Asie de l'Est est marquée par une activité "supérieure à la normale, avec plusieurs typhons violents (Bavi, Dolphin, Narra, Peilou et Chan-Hom) qui ont touché terre en l'espace de deux semaines, entraînant de graves inondations, des embouteillages et des retards dans les opérations maritimes dans toute la région", souligne Mærsk dans un message d’information à ses clients en date du 4 septembre. C’est un facteur de tension important sur le marché car ces événements retardent les opérations portuaires et engendrent des phénomènes de congestion.

Ces facteurs météo saisonniers doivent maintenant devenir une donnée structurante dans les matrices de décision utilisées par les directeurs Supply Chain sur la partie gestion et évaluation des risques.

  • Chine : ouverture d’un nouveau canal pour désenclaver la région du Guangxi

La Chine a inauguré le 16 septembre le canal de Pinglu, dans la région du Guangxi. Cette nouvelle infrastructure a pour but de désenclaver l’ouest de la Chine, et de développer les échanges avec l’Asie du Sud-Est. Le canal, qui relie la rivière Xijiang au Beibu Gulf (golfe du Tonkin), doit permettre une réduction de 18 à 30 % des coûts de transport et générer jusqu’à 5 milliards de yuans (640 millions d’euros) d’économies par an, affirment ses promoteurs. En effet, il offre aux marchandises provenant du sud-ouest du pays un accès direct à la mer. Jusqu’à présent, celles-ci devaient rejoindre le port de Guangzhou, ce qui représentait un détour de plus de 560 kilomètres par rapport au nouvel itinéraire (...)

Les taux de fret

Dans la continuité du mois précédent, les taux Asie-Europe ont enregistré une pression baissière, tandis que le marché transpacifique a tenu bon. Les taux de fret s'érodent également sur le marché transatlantique. Toutefois, la mise en place de surcharges carburant exceptionnelles gomme en partie l’effet baissier du marché sur les pieds de factures (...)

 

Téléchargez le baromètre complet au format PDF