En janvier dernier, dans le cadre de notre exercice annuel de prospective sur les scénarios du transport maritime conteneurisé, nous avions structuré notre analyse autour de trois grandes hypothèses :
Canal de Suez / Cap de Bonne-Espérance : le ni-ni des compagnies maritimes.
L’essor de la conflictualité mondiale.
Le retour à des taux de fret réglementés.
Depuis, le déclenchement du conflit en Iran, qui a conduit à une quasi-paralysie du trafic via le détroit d’Ormuz, est venu bouleverser le trafic maritime, mais aussi les prévisions économiques mondiales.
La route du cap toujours privilégiée sur l’Asie-Europe
Au début de l’année 2026, alors que les Houthis ne s’étaient livrés à aucune attaque contre des navires marchands depuis plusieurs mois, le retour des navires via le canal de Suez était LE sujet au cœur des préoccupations des directions, du côté des compagnies maritimes comme chez les commissionnaires de transport. Les uns comme les autres envisageaient cette hypothèse avec d’infinies précautions, redoutant un impact financier dévastateur.
Le déclenchement du conflit en Iran, et son extension régionale, ont eu pour effet d’éloigner cette option, qui n’est plus d’actualité pour 2026.
Le passage par le cap de Bonne-Espérance n’est pas une solution idéale. La hausse des prix du pétrole a considérablement alourdi la facture pour les compagnies maritimes sur cet itinéraire beaucoup plus long, et cela se ressent dans leurs résultats financiers au premier trimestre. Pourtant, le passage par le cap reste à ce jour considéré comme la moins mauvaise solution, pour plusieurs raisons :
La mécanique Asie-Europe via le cap de Bonne-Espérance, désormais bien huilée, s’institutionnalise pour l’ensemble des alliances maritimes. Soulignons qu’elle est cependant synonyme d’une dégradation de la qualité de service et des délais d’acheminement (...)
Durant ce premier semestre 2026, pas une mer, pas un détroit, pas un canal où aucun incident n’ait été signalé sur un plan sécuritaire ou sur une problématique géostratégique. Cela démontre bien la simultanéité et la multipolarité des tensions planétaires.
Le monde maritime commercial s’adapte à ces contraintes qu’il n’a pas choisies, et qui élèvent très fortement le ratio tonne/mile nautique des marchandises à transporter afin d’éviter ou de contourner les zones les plus sensibles. L’essor de la conflictualité mondiale conduit à un constat implacable : acheminer un conteneur, c’est aujourd’hui plus cher, plus long, plus polluant et plus risqué (...)