Économie

Impact des tarifs douaniers américains sur les échanges avec l'Europe

04 novembre 2019

Le 18 octobre, les États-Unis ont imposé des droits de douane supplémentaires sur 7,5 milliards de dollars d’importations européennes. Une riposte autorisée par l’OMC, en représailles aux subventions européennes à Airbus. La valeur des biens visés représente plus de 17% de la valeur totale des exportations de l’UE vers les États-Unis. Dans cet article, nous explorons l’impact global de cette liste de tarifs douaniers sur le commerce et le transport entre les États-Unis et l’Union européenne.

Un nouveau front est désormais ouvert dans la guerre commerciale mondiale. Après une longue période d’escalade des tensions entre la Chine et les États-Unis, l’Union Européenne devient une nouvelle cible. Tous les États membres de l'UE sont plus ou moins concernés par la liste de tarifs douaniers publiée par le Bureau du Représentant Américain au Commerce. Sur cette liste, outre la partie 1 qui concerne les avions, frappés par un tarif de 10%, les 14 autres sections, comprenant entre autres les produits alimentaires européens, les boissons alcoolisées, le textile et quelques produits de machinerie, sont soumises à un tarif de 25%.

Chaque section identifie les produits ainsi que le ou les États membres concernés par le tarif. La partie 2, qui s'applique à tous les États membres de l’UE, impose un tarif douanier sur les fromages, les fruits et les produits carnés transformés. Les pays les plus affectés par la mesure sont l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l’Espagne. L’Allemagne et le Royaume-Uni sont cités dans 14 des 15 sections de la liste tarifaire. La France subit notamment des droits de douane additionnels sur ses avions et son vin, et l’Espagne sur son huile d’olive et ses produits à la base d’huile d’olive.

L’UE étant un fournisseur majeur de vin, fromage et huile d’olive du marché américain, ces droits supplémentaires se retrouveront, au bout du compte, sur la facture du consommateur américain. Pour certains types de fromage qui se voient imposer des droits de douane additionnels de 25%, l’UE est le fournisseur principal, voire le fournisseur unique du marché américain. De la même manière, le Royaume-Uni fournit environ 77% du whisky importé aux États-Unis. Autre exemple : le vin français, qui a connu une croissance rapide sur le marché américain depuis quelques années. Dans notre Ligne de la Semaine Le Havre-New York, Captain Upply a partagé ses impressions sur l’impact des droits de douane sur le vin français (à lire absolument !).

Toutefois, pour environ la moitié des biens figurant sur la liste, l'UE se partage moins de 10% du total des importations américaines de ces produits. Il est probable que les États-Unis trouveront soit des fournisseurs de substitution en dehors de l’UE soit auront exclu de la liste leurs principaux fournisseurs de l'UE. En ce qui concerne les machines et les textiles, les droits de douane ne visent respectivement que l'Allemagne et le Royaume-Uni. Pour les exportations allemandes et britanniques de ces produits, les États-Unis représentent la destination principale, mais à contrario l’Allemagne et le Royaume-Uni ne sont pas les fournisseurs principaux dans ces secteurs. À titre d’exemple, étant donné qu’un quart des produits de luxe fabriqués au Royaume-Uni est destiné au marché nord-américain, l’application des droits de douane supplémentaires sur le textile britannique est une menace bien réelle pour l’industrie textile haut-de-gamme britannique.

Les conséquences sur le volume d’expédition

Les produits affectés par les tarifs représentaient en 2018 environ 2,3% du volume total des produits européens exportés vers les États-Unis. Parmi les quatre pays membres de l’UE les plus touchés, le volume expédié de produits espagnols est le plus important (figure 1).

UE_china_douane_volumes

Figure 1 - Volume d'expédition affecté ; Source des données : US Census Bureau (les données de base sont fournies par le US Census Bureau puis exploitées par l'auteur) - @upply

En ce qui concerne les types de produits affectés, toujours en volume, les boissons alcoolisées, le fromage et les produits à base d’huile d’olive arrivent en tête. En conséquence, cela pourra avoir un impact significatif sur le transport par conteneurs réfrigérés.

L’imposition de tarifs sur le whisky et le vin pourra contribuer à accroître la compétitivité des producteurs américains sur le marché domestique, par exemple pour les vignobles de Napa Valley. Quant aux fournisseurs internationaux de substitution, il est probable qu’ils viendront d’autres pays de l’UE plutôt que de pays tiers. On peut ainsi imaginer que la demande augmente pour les produits à base d’huile d’olive en provenance de l’Italie et de la Grèce, qui sont parmi les trois plus gros fournisseurs du marché américain, en raison des droits de douane sur les produits issus de l'oléiculture espagnole. Le tarif imposé sur les vins français, allemands, espagnols et britanniques pourra entraîner également une demande plus forte pour les vins d’autres pays européens, tels que l’Italie, mais aussi de pays sud-américains comme le Chili et l’Argentine, ou encore de pays d’Océanie comme l’Australie et le Nouvelle-Zélande.

Les incertitudes qui subsistent

Outre le tarif américain sur les 7,5 milliards de produits, deux évènements concernant le commerce UE-États-Unis doivent être pris en compte :

  1. Tout d’abord, l’échéance du 17 novembre pour la mise en place potentielle d’un tarif américain sur les automobiles et pièces fabriquées dans l’UE arrive à grands pas. Bien qu’il semble que dans cette série de tarifs, l’industrie automobile allemande l’ait échappé belle, il est possible qu’elle soit prochainement frappée par des droits additionnels de 25% si aucune prolongation n’est accordée. Même en cas de prolongation, l’incertitude concernant ce tarif sur les voitures européennes pèsera sur les relations commerciales UE-États-Unis. Elle pourra notamment être utilisée comme un moyen de pression par les États-Unis à la table des négociations avec l’Europe à l’avenir. Selon un article publié par Reuters, Trump a suggéré que "les droits de douane dans le secteur automobile ne soient jamais exclus de l’ordre du jour".
  2. Par ailleurs, les États-Unis ne sont pas les seuls à avoir engagé une telle procédure à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Bruxelles a également déposé une plainte concernant les subventions accordées à Boeing par le gouvernement américain. Si l’OMC se prononce en faveur de l’UE dans cette affaire, Bruxelles pourrait également imposer des tarifs douaniers sur les produits américains d’ici quelques mois. En mai de cette année, l’UE a publié une liste de de tarifs douaniers qu’elle souhaite appliquer sur 2 milliards d’euros de marchandises en provenance des États-Unis. Selon ce document, les produits concernés vont des avions à l'automobile, en passant par l'agriculture et l'industrie agro-alimentaire.

La période des fêtes approche mais la tension dans les relations commerciales entre l’Europe et les États-Unis n’est guère propice aux explosions de joie !

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Docteur en sciences politiques, Ganyi nous livre un regard affûté sur les évolutions du transport et de la Supply Chain dans le monde, par le prisme des tendances politiques et économiques.