Logistique & Transports

GRAND EST : les transporteurs routiers résistent, dans une conjoncture difficile

17 octobre 2019

DOSSIER. En 5 ans, le transport routier de marchandises dans le Grand Est a diminué de 8,2% en tonnes-kilomètres, malgré la bonne tenue des flux internes. La région reste toutefois le siège de belles entreprises de transport routier, et les échos sur la conjoncture 2019 sont plutôt encourageants.

Notre Tour de France du transport routier de marchandises poursuit sa route dans le Grand Est. Après l’analyse de l’économie générale et de l’environnement logistique, place au TRM proprement dit.

Les cinq dernières années n’ont pas été un long fleuve tranquille. Globalement, le trafic exprimé en tonnes-kilomètres est en repli de 8,2%. La chute est très importante sur les flux entrants et sortants, alors que les flux intra-régionaux enregistrent une bonne dynamique. "Beaucoup de transporteurs se sont d’ailleurs, comme dans d’autres régions, concentrés sur le local et le régional", relève René Ciolek, secrétaire général de la FNTR 57-55. La distance moyenne parcourue s’élève à 54 km pour les flux internes, 272 km pour les flux entrants et 297 km pour les flux sortants, précise l’Observatoire régional du transport et de la logistique du Grand Est (ORT&L).

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En millions de tonnes-kilomètres transportées - Source : SDES, Enquête Transport routier de marchandises

Le Grand Est va-t-il parvenir en 2019 à enrayer le déclin globalement constaté depuis 5 ans ? Il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives, mais les enquêtes de conjoncture régionale de la Banque de France révèlent parallèlement une activité de transport plutôt dynamique durant l’été. En juillet, la demande a notamment été "soutenue par le transport de boissons stimulé par la canicule". Le Grand Est accueille en effet des marques d’eau en bouteille renommée, à l’instar de Vittel ou Contrex. Cette reprise globale s’est confirmée en août.

Une mutation de la demande de transport

Région fortement industrielle, le Grand Est a pâti des difficultés de certains secteurs engendrées par les mutations économiques des deux dernières décennies. "Beaucoup de petits sous-traitants du secteur automobile ont disparu, entraînés par la vague d’implantation des constructeurs européens dans les pays de l’Est", illustre Éric Mignon, délégué régional de la FNTR Lorraine. D’autres secteurs traditionnellement puissants dans la région, comme la sidérurgie ou l’industrie du papier, ont également beaucoup souffert et perdu des volumes.

Dans un secteur comme le bois, plutôt porteur dans le domaine de la construction, on constate par ailleurs une mutation de la demande : "les petites scieries ont largement disparu au profit de très grosses unités de production. Les volumes sont dont en croissance mais la clientèle des transporteurs a changé", remarque Éric Mignon.

Heureusement pour elle, la région a quand même vu arriver de nouveaux acteurs, "notamment des PME autour de la métallurgie ou des pièces mécaniques", mentionne le délégué régional. Mais cela n’a pas suffi à compenser l’érosion industrielle. Contrairement à sa voisine, les Hauts-de-France, qui a pu en partie couvrir le déclin industriel par son implantation dans la grande distribution, le Grand Est avait peu de relai dans ce domaine. L’ouverture prochaine d’une plate-forme logistique d’Amazon dans le nord de la Lorraine marque un tournant que les professionnels du secteur espèrent prometteur.

De belles réussites

Les difficultés méritent toutefois d’être nuancées. En 2018, le nombre d’entreprises de transport routier de marchandises dans le Grand Est s’élevait à 2 995, contre 3 015 en 2017, selon les chiffres de l’ORT&L. À cela s’ajoutent 563 commissionnaires, dont 444 cumulent ce statut avec l’activité de transport de marchandises. Dans le détail, on constate que 37% des établissements de transport routier se situent en Lorraine, 32% en Alsace et 30,5% en Champagne-Ardenne. La région compte notamment quelques grands acteurs comme Mauffrey ou Transalliance, mais aussi de belles PME comme MGE, Altrans, les Transports Vigneron, etc… "Globalement, le nombre d’entreprises est en baisse, mais le nombre de véhicules est en hausse. Les entreprises qui sont sur des secteurs porteurs ont continué à se développer, certaines par le biais d’opérations de croissance externe", se félicite Éric Mignon.

Les Transports Kleyling, basés dans le Haut-Rhin, constituent également un bon exemple de résistance dans un environnement délicat. "Nous avons connu un volume d’activité et un chiffre d’affaires en progression ces trois dernières années", témoigne Thierry Leidemer, directeur général de l’entreprise. L’entreprise, membre du groupement Astre sur lequel elle s’appuie beaucoup pour la couverture nationale, mise totalement sur la qualité de service comme élément de différenciation, vis-à-vis des clients mais aussi en matière de ressources humaines. "Malgré le contexte de pénurie de main d’oeuvre, nous n’avons pas connu trop de difficultés sur ce point. Nous faisons beaucoup d’efforts pour fidéliser notre personnel. Nous avons par exemple mis en place une formule d’intéressement qui permet à nos conducteurs de bénéficier des résultats obtenus dans le cadre de notre programme de réduction de la consommation de carburant. Par ailleurs, nous renouvelons régulièrement le matériel et nos chauffeurs ont un ensemble tracteur et semi-remorque attitré", détaille le directeur général.

Le développement durable devient différenciant

Les clients aussi se montrent, en tout cas pour certains, sensibles au "Made in France", et aux efforts en matière de développement durable. Des efforts qui ont aussi été récompensés dans le cadre du programme EVE (Engagement Volontaire pour l’Environnement) de l’ADEME. Grâce à la fidélité et à l’engagement de tous les personnels roulants et sédentaires, la PME alsacienne, signataire de la charte CO2 depuis 2011 et détentrice du label CO2 depuis décembre 2016, a reçu le 19 septembre dernier le trophée de la meilleure performance environnementale.

"Même sur le marché allemand, nous avons certes perdu un peu de terrain en raison d’un écart de compétitivité face à la concurrence étrangère, mais il existe encore une clientèle pour notre qualité de service et notre engagement. Le seul bémol que je vois dans ce métier passionnant et si peu monotone, c’est que nous ne sommes quand même pas payés très cher par rapport à toute l’énergie et tous les moyens que l’on met en œuvre !", conclut Thierry Leidemer.

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Journaliste de formation, Anne a exercé l’essentiel de sa carrière dans la presse spécialisée Transport & Logistique, avant de rejoindre Upply.