Le fret aérien mondial fait preuve d’une capacité d’adaptation qui lui a permis d’enregistrer encore une bonne croissance des volumes en 2025. En 2026, la progression devrait ralentir significativement, mais les compagnies devraient réussir à contenir l’érosion des marges.
1/ L’évolution de l’offre et de la demande
- Trafic de décembre 2025
L’année s’est terminée sur une note positive pour le secteur du fret aérien, avec une croissance globale de 4,3% en décembre 2025 en glissement annuel, et même de 5,5% sur les liaisons internationales, indiquent les chiffres de l’Association du transport aérien international(IATA). Les volumes corrigés des variations saisonnières ont augmenté au même rythme.

* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.
- Cumul annuel 2025
Pour l’ensemble de l’année 2025, la demande mondiale de fret aérien, mesurée en tonnes-kilomètres, a ainsi enregistré une croissance globale de 3,4 % par rapport à 2024, et une progression de 4,2% sur les seules liaisons internationales. La part du segment international dans le total du fret aérien a ainsi augmenté de 0,6 point de pourcentage. « Plutôt que de refléter une reprise généralisée du commerce, la croissance est restée sélective, stimulée par le commerce électronique, marquée par la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement et caractérisée par une préférence persistante pour le transport urgent », nuance cependant l’IATA. Le secteur a également profité de la nouvelle politique américaine d’augmentation des droits de douane, qui a poussé les entreprises à anticiper les commandes avant l’introduction de ces tarifs additionnels, notamment au premier semestre.

* FTK : tonnes‑kilomètres de fret – Source des données : IATA.
- Évolution des capacités
En hausse de 3,7%, l’offre a continué de croître légèrement plus vite que la demande. Mais le différentiel est suffisamment faible pour ne pas modifier l’équilibre du marché. Le coefficient de remplissage n’a diminué que de 0,1 point, pour s’établir à 45,7%. Sur les liaisons internationales, la baisse est un peu plus prononcée, puisqu’il perd 0,4 point de pourcentage, à 50,8%.
→ L’augmentation des capacités est nourrie par le développement des réseaux passagers des compagnies aériennes, qui augmente mécaniquement l’offre cargo disponible en soute des avions passagers. Les avions cargo représentent toujours la majorité de l’offre avec près de 58% des capacités déployées en 2025, mais leur part a diminué de 1,6 point de pourcentage par rapport à 2024. On se rapproche ainsi progressivement de l’équilibre qui prévalait avant le Covid, au fur et à mesure que les compagnies restaurent leur réseau de vols passagers.
→ Un autre changement significatif est intervenu en 2025 : une nette amorce de redéploiement des capacités tout cargo. « La capacité des avions-cargos dédiés a suivi une trajectoire façonnée par des ajustements au niveau des corridors plutôt que par un recul uniforme », souligne l’IATA.Sur l'ensemble de l'année, la réallocation est devenue plus évidente : l'Europe-Asie est apparue comme le principal moteur de la croissance du fret, avec une augmentation de 14,7 % par rapport à 2024, tandis que l'Asie-Amérique du Nord a connu une contraction de 2,6 %, reflétant l'exposition de la route aux changements de politique commerciale.
2/ L’impact de la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement
Cette réallocation des capacités est évidemment à mettre en relation avec un mouvement en passe de devenir structurel : la reconfiguration des supply chains mondiales dans une optique de réduction de l’exposition au risque, en particulier géopolitique.
- Un report des flux vers le marché européen
En 2025, la nouvelle politique commerciale américaine a profondément affecté les échanges entre l’Asie et les États-Unis. Sur la route Asie-Amérique du Nord, la demande a légèrement augmenté en fin d’année (+1,8% en novembre et +0,6 % en décembre en glissement annuel), mais cela n'a pas suffi à compenser la forte volatilité observée en début d'année, lorsque l’administration américaine a déclenché son offensive sur les droits de douane. En conséquence, la demande annuelle a reculé de 0,8 % en 2025. « Cette route a connu une contraction pendant sept mois sur douze, avec des baisses allant de -0,7 % à -10,4 % en mai, reflétant les effets combinés des mesures tarifaires et de la suppression de l'exemption de minimis américaine pour les expéditions d'une valeur inférieure à 800 dollars américains. Ces pressions ont entraîné une perte de 1,2 point de pourcentage de part de marché, laissant l'Asie-Amérique du Nord à 23,4 % de la demande internationale mondiale », détaille l’IATA.
L’effet de vase communicant s’est fait ressentir sur le corridor Europe-Asie qui a enregistré une augmentation des volumes de 12,2 % en glissement annuel en décembre, ce qui constitue sa meilleure performance pour ce mois depuis 2016. Au total, les volumes annuels ont progressé de 10,3 % par rapport à 2024, « consolidant ainsi le rôle de cette route en tant qu'artère principale pour les intrants manufacturiers, les marchandises de grande valeur et les expéditions urgentes », précise l’IATA. La route Europe-Asie représente ainsi 21,5 % de la demande mondiale de fret aérien international, gagnant 1,1 point de pourcentage par rapport à 2024.
- Un fort dynamisme des flux intra-Asie
L’année a également été marquée par une très bonne performance des routes intra-asiatiques. La demande a bondi de 13,6 % en glissement annuel en décembre, et de 10,3% pour l'ensemble de 2025. On peut y voir le reflet d’une stratégie de diversification du sourcing, de la part d’entreprises soucieuses de réduire leur dépendance à la Chine, mais aussi le symptôme d’une diversification des entreprises chinoises qui étoffent leurs réseaux de fournisseurs comme de clients à l’échelle de la région. Cette dynamique se répercute dans les résultats des compagnies aériennes. En 2025, les compagnies asiatiques sont celles qui ont enregistré le plus fort taux de croissance en volumes.
- Une croissance plus modérée voire négative sur les autres corridors
→ La route Europe-Amérique du Nord a progressé de 5,9 % en glissement annuel en décembre, contribuant à une expansion de 6,8 % pour l'ensemble de l'année2025, soutenue par un commerce transatlantique stable.
→ Le corridor Moyen-Orient-Asie a connu une croissance de 9,5 % en décembre et de 5,8 % de la demande annuelle qui en résulte reflète le rôle du Moyen-Orient en tant que pont logistique entre les centres de production asiatiques et les marchés en aval.
→ La demande Europe-Moyen-Orient est restée globalement stable en décembre, clôturant une année difficile puisque cette route a connu neuf mois de contraction sur douze. Au total, le recul des volumes atteint 3,4% en 2025. Cette situation a pesé sur les résultats des compagnies du Moyen-Orient, qui ont connu une très faible croissance du trafic alors que la capacité a très significativement augmenté.
3/ L’évolution des prix
En décembre, la recette unitaire moyenne a reculé de 2,6 % en glissement annuel. Il s’agit du huitième mois consécutif de contraction annuelle, tandis que le niveau reste pratiquement stable en glissement mensuel, avec une hausse de 0,4 %.

Source : Upply
Sur l'ensemble de l'année 2025, les recettes unitaires ont été en moyenne inférieures de 1,5 % à celles de 2024, ce qui représente la troisième année consécutive de baisse. La recette unitaire moyenne s’établit à 2,44 $/kg, c’est-à-dire son niveau le plus bas depuis 2019 (...).
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