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Des perspectives économiques torpillées par le conflit au Moyen-Orient

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Publié le 04/09/2026
Modifié le 04/09/2026
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Des perspectives économiques torpillées par le conflit au Moyen-Orient

Le déclenchement du conflit au Moyen-Orient a bouleversé les scénarios de croissance pour 2026. Après le Covid en 2020, la guerre en Ukraine en 2022 et la guerre des tarifs douaniers en 2025, les chaînes logistiques subissent un nouveau choc qui confirme la nécessité d’un changement de modèle.

L’année 2026 avait démarré sur une note plutôt positive, grâce à une activité soutenue par les investissements dans l’intelligence artificielle et une accalmie sur le front des tensions commerciales. Mais les espoirs d’une accélération de la croissance mondiale ont été douchés par le déclenchement du conflit en Iran, le 28 février 2026.

Des prévisions de croissance revues à la baisse

  • La plus faible croissance depuis la pandémie de Covid-19

« Le conflit au Moyen-Orient devrait ramener la croissance mondiale à son niveau le plus bas depuis le début de la pandémie de Covid-19, sur fond de flambée des prix de l’énergie, de regain de l’inflation et de renchérissement des coûts d’emprunt », indique la Banque mondiale. Selon ses prévisions actualisées en juin 2026, la croissance mondiale devrait ralentir à 2,5 % en 2026, contre 2,9 % en 2025. Pour deux tiers des économies du monde, les prévisions ont été revues à la baisse par rapport à celles établies au mois de janvier de cette année.

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Toujours un peu plus généreux, l’OCDE et le Fonds monétaire international (FMI) évoquent respectivement une croissance de 2,8% et de 3,0% du PIB mondial, mais s’accordent sur une révision à la baisse des perspectives. Et la prolongation du conflit dans le golfe Persique ne présage rien de bon. « Plus ces perturbations perdurent, plus les coûts économiques et sociaux augmentent. Si elles persistaient jusqu’en 2027, la croissance mondiale devrait ralentir sensiblement, pour s’établir à seulement 2,1 % en 2026 et 1,8 % en 2027, ce qui pourrait conduire certaines économies à entrer en récession, ou du moins à s’en approcher », avertit l’OCDE.

D’autre part, les perspectives de croissance se révèlent très disparates. « Les répercussions sur les pays varient considérablement en fonction de leur exposition à la guerre et de leur position dans la chaîne de valeur technologique », souligne le FMI. En effet, l’impact négatif du conflit en Iran est en partie compensé par « l’accélération de la dynamique du cycle technologique mondial, tirée par la demande et favorisée par les progrès et l’adoption de l’intelligence artificielle », note le FMI. Mais cette dynamique est loin d’être uniforme.

  • Focus sur la zone euro

La Commission européenne, dans ses prévisions publiées en mai 2026, a également dégradé significativement ses projections par rapport à l’édition de novembre 2025. Les projections de croissance pour la zone euro sont révisées à +0,9 % en 2026 et +1,2 % en 2027, contre +1,2 % et +1,4 % respectivement selon les prévisions antérieures.

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« En tant qu'importateur net d'énergie, l'économie européenne est très sensible au choc énergétique causé par le conflit au Moyen-Orient, le deuxième choc de ce type en moins de cinq ans. La flambée des prix de l'énergie se traduit par une hausse des factures des ménages et une hausse des coûts des entreprises qui réduisent les bénéfices de nombreuses industries », rappelle la Commission européenne. Par ailleurs, en relançant l’inflation, le conflit va peser sur les conditions de financement des investissements, ce qui pénalisera également les entreprises.

Une nouvelle poussée de l’inflation

Le mouvement de désinflation dans les économies occidentales a été brutalement interrompu par le conflit en Iran, en raison de la flambée des prix de l’énergie, mais aussi de certains intrants agricoles et industriels essentiels produits massivement dans les économies du golfe Persique. L’inflation est ainsi repartie nettement à la hausse dans la zone euro au printemps 2026 (jusqu'à 3,2 % en mai) avant de redescendre vers 2,8-2,9 %. Les États-Unis ont connu une accélération plus marquée sur la même période, avec un pic à 4,2 % en mai 2026, avant de refluer à 3,4 % en juillet. La Chine, enfin, est sortie de la déflation observée à l'été 2025 pour repasser en territoire positif à partir d'octobre 2025, se stabilisant autour de 1,0 % à 1,3 % depuis début 2026.

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Selon les prévisions de la Banque mondiale, l’inflation mondiale devrait s’établir à 4,0 % cette année, contre 3,3 % en 2025. Un scénario plus pessimiste n’est pas exclu, la Banque mondiale évoquant une croissance du PIB mondial limitée à 1,3% et une inflation à 4,4% en cas de détérioration de la situation dans le golfe Persique. Il apparaît en tout cas évident que les effets inflationnistes vont perdurer encore un certain temps, même en cas d’apaisement, car l’augmentation des prix des matières premières et des intrants, notamment agricoles, va se répercuter dans les mois qui viennent sur les prix à la consommation.

Un commerce mondial entre deux eaux

2026 semblait se présenter sous des auspices favorables pour le commerce mondial de biens. En début d’année, le développement de l’IA dopait plus que prévu la demande en produits technologiques, et la guerre commerciale autour des droits de douane, qui avait marqué l’année 2025, semblait plutôt en voie d’apaisement. Selon les données de l’Organisation mondiale du commerce, le volume du commerce mondial des marchandises corrigé des variations saisonnières a augmenté de 1,9% au premier trimestre par rapport au trimestre précédent et de 3,2% en glissement annuel. En valeur, la hausse a atteint 2% en glissement trimestriel et 11% en glissement annuel.

Ces résultats sont d’autant plus satisfaisants que la base de comparaison est élevée, car au premier trimestre 2025, l’activité avait été stimulée par des commandes anticipées, les entreprises accélérant les commandes avant les augmentations des droits de douane.

Mais suite au déclenchement du conflit au Moyen-Orient, les perspectives deviennent plus incertaines. La croissance des échanges mondiaux devrait « ralentir aux deuxième et troisième trimestres de cette année, sous l’effet d’une forte contraction du commerce avec les économies du Golfe et de l’augmentation des coûts de l’énergie et du transport », estime l’OCDE. Elle tomberait ainsi à 3,1 % en 2026 et 2,9 % en 2027, contre 5,0 % en 2025.

Là encore, les disparités seront importantes. L’OCDE évalue la progression des volumes d’exportation à 6,5% pour la Chine et les économies dynamiques d’Asie, alors qu’en Europe, « la hausse des prix de l’énergie et la faiblesse des exportations liées à l’IA vont affaiblir la croissance des échanges en 2026, laquelle devrait s’établir à un niveau inférieur de plus de moitié à celui de 2025, avant de se redresser en 2027 ». Enfin, aux États-Unis, la réduction des droits de douane et de l’incertitude liée à la politique commerciale pourrait dynamiser progressivement les échanges, mais la stratégie reste assez imprévisible.

Un nouveau palier pour les prix de transport

En suscitant un renchérissement des prix de l’énergie, le conflit au Moyen-Orient a eu un impact rapide sur les prix du transport de marchandises.

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  • La hausse a été particulièrement marquée dans le transport aérien qui, en plus de subir l’augmentation du prix du kérosène, a connu des perturbations directes : les compagnies aériennes du Moyen-Orient ont interrompu leurs services avant de commencer à les réintroduire de manière progressive, et les hubs aériens majeurs du Moyen-Orient ont été paralysés. Cela a induit une contraction des capacités qui a fait monter les prix. L’étau se desserre au fur et à mesure que les capacités reviennent sur le marché, mais la demande de fret aérien est soutenue par des secteurs porteurs comme les produits technologiques en lien avec l’IA. Cela devrait compenser le relatif essoufflement constaté sur le secteur du e-commerce transfrontalier, et donc contenir la baisse des taux de fret dans les mois qui viennent.
  • Dans le transport maritime aussi, les prix sont repartis à la hausse, et après une légère accalmie en mai, une haute saison précoce et une gestion fine des capacités de la part des compagnies maritimes ont fait remonter les taux. Ce mouvement est désormais achevé. Un mouvement de repli pourrait se manifester au second semestre, mais l’augmentation des coûts d’exploitation des compagnies maritimes devrait en limiter l’ampleur.
  • Dans le transport routier de marchandises en Europe, les prix ont également augmenté en mars avant d’atteindre un plateau. La demande est globalement assez molle, mais compte tenu des faibles marges du secteur, les transporteurs ne peuvent pas se permettre de ne pas répercuter les hausses des coûts d’exploitation. Il est donc probable de voir ce palier haut se maintenir dans les mois qui viennent.

La situation au Moyen-Orient sera évidemment un paramètre décisif pour l’évolution des prix de transport au second semestre 2026. Rien ne permet à ce jour d’entrevoir une détente rapide, même si les échéances électorales américaines sont susceptibles de provoquer des coups de volant inattendus.

Anne Kerriou

Responsable éditoriale

Diplômée de l'École Supérieure de Journalisme de Lille, Anne a exercé l’essentiel de sa carrière dans la presse spécialisée Commerce international & Logistique, avant de rejoindre Upply.