Commerce international - Économie

Perspectives économiques 2025 : croissance modérée et tensions accrues

18 février 2025

INFOGRAPHIES. Les économistes prévoient un taux de croissance stable pour l’économie mondiale en 2025 mais soulignent le caractère très aléatoire des prévisions dans le contexte actuel. Dans ce monde incertain, la fonction Supply Chain devient encore plus déterminante pour la compétitivité des entreprises.

Les prévisions des économistes sont toujours teintées d’une grande prudence, mais 2025 bat sans doute des records. Nous assistons à la fin d’un cycle économique post-pandémique qui se télescope avec la fin d’un cycle géopolitique post-guerre froide, plongeant le monde dans une grande incertitude. "Une intensification des conflits en cours au Moyen-Orient pourrait perturber le fonctionnement des marchés de l’énergie et avoir des effets négatifs sur la confiance et la croissance. Une intensification des tensions commerciales pourrait entraver la croissance des échanges. Des surprises défavorables liées aux perspectives de croissance ou à la trajectoire de désinflation attendue pourraient provoquer des corrections déstabilisantes sur les marchés financiers", avertit ainsi l’OCDE. Mais l’institution embraye immédiatement sur des hypothèses plus optimistes : "la croissance pourrait cependant aussi se révéler plus forte que prévu. Une amélioration de la confiance des consommateurs, suite par exemple à un redressement du pouvoir d’achat plus rapide qu’anticipé, pourrait stimuler les dépenses. Une résolution rapide des grands conflits géopolitiques pourrait aussi renforcer la confiance et faire baisser les prix de l’énergie".

Bref, l’exercice de la prévision est particulièrement ardu cette année. Nous avons cependant tenté de dégager les grandes tendances économiques qui impacteront le secteur du transport et de la supply chain.

Un rythme de croissance stable

Les dernières prévisions de la Banque mondiale, actualisées en janvier 2025, laissent entrevoir une période de croissance extrêmement stable, mais modérée. En 2024, le produit intérieur brut réel a augmenté de 2,7%, au même rythme qu’en 2023, et la Banque mondiale prévoit une progression identique en 2025 et 2026.

Les marchés émergents et économies en développement continueront à croître à un rythme plus de deux fois supérieur à celui des économies avancées. Néanmoins, cette catégorie se caractérise également par une stabilisation du rythme de croissance. "Dans les économies en développement, la croissance se consolidera autour de 4 % au cours des deux prochaines années, mais cette performance, en deçà des niveaux pré-COVID, ne sera pas suffisante pour permettre les progrès nécessaires à la réduction de la pauvreté et, plus largement, à la réalisation des objectifs de développement", avertit la Banque mondiale.

Les économies en développement abordent un nouveau cycle moins porteur, après 25 ans de forte croissance. "L’intégration économique mondiale s’est essoufflée : les flux d’investissements directs étrangers vers les économies en développement ont été réduits de moitié environ (en pourcentage du PIB) par rapport au début des années 2000. Et en 2024, les nouvelles restrictions commerciales mondiales étaient cinq fois supérieures à la moyenne de 2010-2019", constate la Banque mondiale.

Dans la mesure où les économies en développement représentent aujourd’hui 45% du PIB mondial, contre 25% en 2000, le ralentissement de leur croissance rejaillira sur l’ensemble de l’économie. La Banque mondiale appelle à des réformes d’ampleur dans ces pays pour lutter contre les vents contraires.

L’Inde devrait conserver la palme de la croissance, devant l’Indonésie. Après deux années de récession, l’Argentine devrait par ailleurs connaître un rebond en 2025 et 2026. Enfin, selon les prévisions de la Banque mondiale, la Chine devrait continuer à enregistrer un taux de croissance supérieur à la moyenne constatée pour les économies en développement. Compte tenu de son poids sur la scène mondiale, ce serait évidemment une bonne nouvelle pour la croissance globale.

Globalement, la Banque mondiale estime que l’économie mondiale pourrait croître davantage que prévu "si ses deux principaux moteurs, les États-Unis et la Chine, parviennent à prendre de la vitesse". Il faudrait pour cela une intensification des mesures de relance en Chine pour stimuler la demande. Du côté des États-Unis, les performances ont été supérieures aux prévisions ces deux dernières années grâce au niveau soutenu des dépenses des ménages. Il faudrait que cette tendance se maintienne, ce qui bénéficierait à l’ensemble de l’économie mondiale. Cependant, la montée des tensions commerciales pourrait affecter la demande en relançant l’inflation. Beaucoup d’incertitudes planent donc sur les perspectives de croissance.

Le Fonds monétaire international et l’OCDE avancent comme toujours des prévisions plus optimistes. Les deux institutions prévoient une croissance mondiale +3,3% en 2025 et 2026, contre 3,2% en 2024.  

  • Focus sur la zone Euro

Parmi les économies avancées, la zone Euro n’a pas suivi une trajectoire aussi dynamique que celle des États-Unis durant la période post-Covid. Il est vrai que son économie a été affectée par un deuxième choc qui a eu des effets bien plus violents en Europe qu’aux États-Unis : la guerre entre la Russie et l’Ukraine. La croissance s’est limitée à 0,8% en 2024. "Les principaux vents contraires dans cette région sont la faible dynamique de l’activité économique, en particulier dans l’industrie manufacturière, le bas niveau de confiance des consommateurs et la persistance d’un choc négatif lié aux prix de l’énergie. Les prix du gaz en Europe restent environ cinq fois plus élevés qu’aux États-Unis, alors qu’ils n’étaient que deux fois plus élevés avant la pandémie", souligne Pierre-Olivier Gourinchas, conseiller économique et le directeur des études du FMI, dans une analyse publiée le 17 janvier 2025.

La Commission européenne, dans ses prévisions publiées à l’automne 2024, annonce une croissance de 1,3% en 2025 et 1,6% en 2026. L’OCDE est sensiblement sur la même longueur d’onde. En revanche, le FMI est plus pessimiste, avec une prévision de 1,0% seulement en 2025, et 1,4% en 2026.

Les difficultés de l’économie allemande ont lourdement pesé sur le résultat européen 2024. Le pays a connu une 2è année consécutive de récession. Selon les premières estimations de l’Office allemand de la statistique, le repli est même légèrement supérieur aux estimations de la Commission européenne puisqu’il s’établit à -0,2%. L’année 2025 devrait marquer le retour de la croissance, les institutions sont unanimes sur ce point. En revanche, elles divergent sur l’ampleur de la croissance, qui serait de +0,7% pour la Commission européenne et l’OCDE, mais de 0,3% seulement selon le FMI. En France, un ralentissement de la croissance est attendu en 2025 avant une reprise en 2026. La prévision de la Commission pour 2026 semble cependant un peu optimiste, les autres institutions tablant plutôt sur une croissance autour de 1%. L’Italie devrait pour sa part connaît une accélération progressive de sa croissance. Enfin, l’Espagne devrait continuer à enregistrer des performances nettement supérieures à la moyenne européenne, mais avec une érosion du taux de croissance. 

Une inflation résistante

Les mesures drastiques prises par les banques centrales pour enrayer l’inflation dans les grandes économies occidentales ont produit les résultats attendus en 2023, ouvrant la voie à un desserrement progressif des politiques monétaires. En 2024, les banques centrales américaine et européenne ont procédé à plusieurs baisses des taux directeurs.

 

  • Un scénario incertain en Europe et aux États-Unis

L’OCDE et le FMI anticipent une poursuite du mouvement de baisse de l’inflation. Les économies de l’OCDE devraient enregistrer un taux de 3,8% en 2025 et 3% en 2026, après 5,4% en 2024. Le FMI évoque une inflation globale de 4,2% en 2025 et de 3,5% en 2026 au niveau mondial. Pourtant, la dernière marche à franchir pour retrouver le seuil cible des 2% d’inflation semble la plus dure à atteindre. Depuis le mois de septembre, le taux d’inflation remonte dans la zone Euro, et encore plus aux États-Unis, où il a atteint les 3% en janvier 2025 (+2,5% dans la zone Euro).

Autrement dit, la partie n’est pas gagnée. Or elle sera décisive pour le pouvoir d’achat des ménages et la capacité d’investissements des entreprises, deux paramètres essentiels pour stimuler la demande de services de transport et de logistique. "Notre scénario central tel qu’il ressort des Perspectives économiques offre une image de résilience. Cet optimisme est toutefois modéré par l’ampleur des incertitudes. Les fortes tensions géopolitiques risquent d’entraîner des perturbations sur les marchés de l’énergie et dans les chaînes d’approvisionnement, provoquant potentiellement une hausse de l’inflation et un ralentissement de l’activité économique. Plus généralement, ces tensions ont perturbé les échanges dans les économies avancées comme dans les économies émergentes, accentuant l’incertitude quant à l’évolution future du commerce mondial. Un environnement commercial plus protectionniste et plus fragmenté, avec des politiques de repli sur soi, aurait des répercussions négatives sur la concurrence, ferait monter les prix et nuirait à la productivité et à la croissance, pesant également sur le potentiel de rattrapage des économies de marché émergentes", résume l’OCDE. 

  • Des difficultés persistantes en Chine

Le très faible niveau d’inflation en Chine n’est pas davantage une bonne nouvelle, car il témoigne de difficultés économiques persistantes qui freinent la demande. Pour l’ensemble de l’année 2024, l’indice des prix à la consommation a progressé de seulement à 0,2%, et l’indice des prix à la production a diminué de 2,2%. Le gouvernement chinois a instauré l’an dernier des mesures de relance pour accroître la demande des consommateurs et des entreprises, avec quelques résultats positifs dans certains secteurs comme l’automobile. Mais l’insuffisance de la demande intérieure, dans un pays marqué par une montée du chômage, un ralentissement du marché immobilier et un fort endettement, reste préoccupante.

De nouvelles mesures sont annoncée en 2025 pour stimuler davantage la consommation, améliorer l'efficacité des investissements et accroître la demande intérieure. Cependant, la confiance des consommateurs et des entreprises semble durablement écornée.

Sur le front extérieur, l’année promet d’être également difficile. « La Chine est en train de pivoter vers une croissance axée sur l’autonomie technologique. Elle se concentre sur les semi-conducteurs, les véhicules électriques et la biotechnologie. Ces priorités accentuent les tensions commerciales, notamment avec les États-Unis, et soulignent le défi persistant de la surcapacité industrielle », indiquent les experts d’Asia Society dans le rapport "China 2025 : What to Watch", synthétisé par le Grand Continent.

Un commerce mondial sous tension

Selon la Banque mondiale, le commerce mondial des biens et des services a rebondi en 2024, avec une croissance estimée à 2,7 %. La croissance du commerce des biens s'est accélérée au second semestre 2024, après une reprise plus faible que prévu au premier semestre. "Cette reprise a été en partie favorisée par la constitution de stocks de précaution en prévision d'éventuelles perturbations commerciales, notamment celles résultant des grèves des dockers sur la côte est des États-Unis et dans le golfe du Mexique, ainsi que par l'annonce et la possibilité d'une augmentation des droits de douane aux États-Unis", souligne la Banque mondiale. Les indicateurs avancés signalent toutefois "une faiblesse persistante du commerce de marchandises dans les économies avancées".

Les dernières estimations de l’Organisation mondiale du commerce indiquent une progression de 2,7% du commerce mondial de marchandises en 2024, après une chute de 1,1% en 2023. Le taux de croissance devrait encore progresser en 2025 pour atteindre +3%.

Mais là encore, les économistes soulignent la fragilité des prévisions. "L'incertitude politique s'est accrue à la suite des récents résultats électoraux et des nouvelles annonces de politiques commerciales dans plusieurs grandes économies, notamment aux États-Unis. À l'échelle mondiale, le nombre de nouvelles politiques de restriction des échanges commerciaux introduites en 2024 a été cinq fois plus élevé que la moyenne de 2010-2019 et se rapproche du niveau record observé en 2023", constate la Banque mondiale. L’institution confirme cependant elle-aussi une accélération de la croissance du commerce mondial en 2025-2026, tout en alertant sur le fait que cette hausse restera inférieure aux moyennes constatées avant la pandémie. L’OCDE précise pour sa part que la part de la Chine dans les échanges mondiaux devrait augmenter encore au cours des deux prochaines années.

Une évolution hétérogène des prix de transport

L’année 2024 a confirmé la volatilité des prix du transport international, bien plus importante que celle des prix du transport routier.

 

  • En 2023, les taux de fret maritime étaient quasiment retombés à leur niveau pré-pandémique sur les grands axes comme l’Asie-Europe, menaçant la rentabilité des compagnies maritimes. Sans retrouver les niveaux stratosphériques atteint lors de la relance post-Covid, les prix sont repartis nettement à la hausse en 2024. Une nouvelle fois, c’est un facteur exogène qui a influencé le marché, bien davantage que le niveau de la demande : les attaques des Houthis en mer Rouge ont poussé les compagnies maritimes à contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, et les perturbations engendrées ont permis d’absorber la surcapacité et de faire remonter les prix. La situation s’est peu à peu normalisée, mais les taux de fret se sont stabilisés à un niveau plus élevé qu’en 2023. En 2025, les prix devraient se maintenir en début d’année. Le marché sera fortement influencé par le conflit au Moyen-Orient. Si les navires peuvent de nouveau emprunter de façon sécurisée le canal de Suez, les taux de fret risquent de redescendre dans des zones dangereuses pour la rentabilité des compagnies maritimes, en raison d’une surcapacité massive.

  • Le transport aérien, qui a lui-aussi connu une forte inflation en 2021-2022, a géré l’atterrissage de façon bien plus progressive que le transport maritime. Les compagnies aériennes ont réintroduit avec prudence des capacités, ce qui a permis de lisser l’érosion des taux de fret. En 2024, le secteur a également profité par ricochet des perturbations du transport maritime, car l’allongement des temps de transit maritime a conduit certains chargeurs à recourir au fret aérien. En 2025, les prix devraient rester relativement stables. 

  • Le marché du transport routier européen se révèle beaucoup moins volatil. En 2022, le déclenchement du conflit russo-ukrainien a induit une forte hausse des prix du carburant, qui a été au moins partiellement répercutée sur les taux de fret. Cependant, la hausse était sans commune mesure avec les pics constatée dans le transport maritime ou dans le fret aérien. En 2024, les prix du carburant ont diminué, entraînant une baisse des taux de fret qui a fragilisé les transporteurs routiers, confrontés à une hausse des autres postes de coûts. En 2025, la demande en Europe devrait rester relativement modérée et n’exercera donc pas de pression massive à la hausse sur les prix. En revanche, il ne faut pas non plus s’attendre à des baisses car cela mettrait en péril la pérennité des entreprises de transport routier, compte tenu des faibles marges du secteur. 

La fonction Supply Chain au cœur des enjeux

La prévision budgétaire devient décidément un exercice bien aléatoire. L’analyse classique basée sur l’évolution de l’offre et de la demande doit intégrer une gestion des risques de plus en plus complexe. "Les résultats annuels du baromètre des risques d’Allianz reflètent l'incertitude à laquelle de nombreuses entreprises dans le monde sont aujourd'hui confrontées. Ils montrent, en particulier, l'interdépendance des principaux risques. Le changement climatique, les technologies émergentes, la réglementation et les risques géopolitiques sont de plus en plus liés", souligne Vanessa Maxwell, Chief Underwriting Officer d’Allianz Commercial.

Les directions Supply Chain sont au cœur de cette complexité et jouent plus que jamais un rôle stratégique dans les entreprises. Savoir intégrer une gestion holistique des risques dans la conception des schémas logistiques devient un facteur clé de compétitivité, et même de continuité de l’activité. La diversification des sources d’approvisionnement, par exemple, est l’un des mouvements marquants de ces dernières années, et il est loin d’être achevé. Les premières semaines de 2025, particulièrement agitées sur le plan géopolitique, promettent une année riche en rebondissements, sur fond de croissance modeste. L’agilité fera la différence.

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Diplômée de l'École Supérieure de Journalisme de Lille, Anne a exercé l’essentiel de sa carrière dans la presse spécialisée Commerce international & Logistique, avant de rejoindre Upply.
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