Logistique & Transports

Panorama des zones logistiques et industrielles de Tanger Med

06 janvier 2020

DOSSIER. Tanger Med a développé autour des terminaux à conteneurs et rouliers des zones franches logistiques et industrielles. Au total, 1 600 hectares de terrains sont aujourd’hui dévolus à ces différentes activités.

Tanger Med Special Agency, l'agence spéciale chargée de la gestion de Tanger Med, a créé une filiale, Tanger Med Zones, pour développer autour du port des zones franches industrielles et logistiques. Dès la pose de la première pierre de Tanger Med en 2002 (voir notre article sur la chronologie du projet), le roi Mohammed VI demande la construction d’une zone franche logistique adjacente au futur terminal à conteneurs, la Logistics Free Zone. Il souhaite que s'installent des opérateurs logistiques à proximité du port pour apporter de la valeur ajoutée aux conteneurs qui seront transbordés au terminal.

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Attirer des activités économiques

Depuis, les ambitions se sont considérablement élargies (voir notre article sur le concept d'écosystème logistique de Tanger Med). Au total, 1 600 hectares de terrains sont dévolus à ces différentes activités, dans un rayon proche des terminaux de Tanger Med. "Tanger se situe à 14 km de l'Europe et dispose de liaisons ferries fréquentes avec le sud de l'Espagne. Chaque année, ce sont quelque 720 000 ensembles routiers qui traversent le détroit de Gibraltar. En créant un terminal dédié sur Tanger Med pour les camions, nous avons pu développer des activités destinées à l'exportation", indique Imane Agzenay Biyout, directrice du développement de Tanger Med Zones.

Première à avoir vu le jour, la Tanger Free Zone est située au sud de la ville de Tanger, à 56 km des terminaux de Tanger Med et une dizaine de kilomètres de l'aéroport. Cette zone, qui s’étend sur 400 ha, a été développée pour attirer des sociétés qui souhaitaient travailler à l'export. "Nous avons mis en place des conditions fiscales intéressantes et une exonération de TVA pour les sociétés qui font de l'exportation", nous explique Imane Agzenay Biyout. Un principe qui sera ensuite décliné sur les autres zones franches autour du port.

Focus sur l’automobile

La deuxième zone créée a été la Renault Tanger Med Zone, dédiée au groupe automobile français. En 2012, le constructeur a ouvert une usine dans la région de Tanger sur 300 hectares, dans la ville de Melloussa, à 30 km des terminaux de Tanger Med. Elle produit 400 000 véhicules par an, notamment des modèles Dacia comme la Sandero, la Dokker ou la Lodgy. Ces voitures sont principalement destinées à l'export. L'ouverture de cette usine a amené l'autorité portuaire de Tanger Med à développer sur son site un terminal roulier. "Dans le même esprit que pour la première zone logistique, l'implantation de Renault s'est faite grâce à des conditions fiscales avantageuses, mais aussi avec un accord de transfert de savoir-faire et la création d'emplois locaux", précise la responsable du développement de Tanger Med Zones.

Parce qu'une partie importante des composants des voitures produites à Melloussa est fabriquée par des sous-traitants, le groupe automobile français a souhaité un espace dédié à proximité. Tanger Med Zones a ainsi créé la Tanger Automotive City (TAC). Distante de cinq kilomètres de Renault Melloussa, elle a ouvert ses portes en 2013. L'objectif est de regrouper les industriels automobiles qui travaillent avec le groupe Renault et qui exportent leurs produits vers l'Europe ou l'Amérique du nord.

Forte demande des sociétés asiatiques

Aujourd'hui la TAC regroupe 50 entreprises de toutes les nationalités, dont 90% ont un lien direct avec l'automobile. Les 10% restants sont spécialisés dans l'électronique et les énergies renouvelables. Ainsi, Siemens s'est installé dans la TAC pour construire des pales d'éoliennes qui sont destinées au marché marocain mais aussi à l'export. "Au commencement de notre activité, les sociétés qui ont investi dans cette zone étaient principalement françaises et espagnoles. Aujourd'hui, nous constatons une forte demande de sociétés asiatiques", explique Imane Agzenay Biyout. La dernière en date est la société coréenne Hands qui construit des jantes en alliage. La Chine est aussi représentée avec ZTT, le Japon avec JTeckt ou encore l'Inde.

Après six ans d'activité, la TAC arrive à saturation de ses espaces. La demande reste encore importante et pour le développement des activités industrielles, le Maroc souhaite que soient ajoutés des terrains, sur la partie nord de la zone, pour y accueillir des logisticiens. Une première phase de 22 000 m2 d'entrepôts devrait voir le jour dans les prochains mois. Il est prévu que cet espace soit ensuite loué à un seul logisticien qui pourra traiter plusieurs clients. La seconde zone d'extension de la TAC devrait se faire sur un autre site. "Nous avons des terrains libres aux alentours pour construire de nouveaux entrepôts. Il faut encore arrêter notre choix en fonction des demandes des sociétés", détaille la responsable du développement de Tanger Med Zones.

De nouvelles capacités logistiques

La quatrième zone de cet ensemble a été ouverte en 2015. Il s’agit du Tetouan Park, situé à 25 km à l'ouest de la ville du même nom. Ce site s'étend sur 150 hectares. Il est dédié aux activités logistiques et aux industries de transformation légère pour les TPE et les PME. Avec une centaine d'entreprises implantées, le Tetouan Park n'affiche pas encore complet et devrait accueillir dans les prochains mois de nouveaux arrivants.

Toujours autour de la ville de Tetouan, TMZ a ouvert la Tetouan Shore à 10 km au nord de la ville. Cet espace est avant tout réservé aux services aux entreprises. Il regroupe des centres d'appel et des sociétés de développement en informatique.

La dernière zone ouverte par la TMZ vient compléter la Logistic Free Zone. Il s'agit d'une extension pour accueillir de nouvelles entreprises. Elle est située à l’arrière des terminaux de Tanger Med. La Logistics Free Zone regroupe principalement des logisticiens comme DHL mais aussi des industriels qui veulent ouvrir sur le site des centres de distribution avec une vocation internationale. Bosch et Huawei y ont construit des entrepôts dans cette zone.

À ces différentes zones vient aujourd'hui s'ajouter celle de Kénitra, située à 250 km au sud du port. Dans cette ville, le groupe automobile PSA a construit une usine dont les véhicules sont destinés à l'export. Compte tenu de la distance, la production est expédiée par voie ferroviaire jusqu'au port avant de partir pour les différentes destinations dans le monde. Il s'agit de la seule liaison ferroviaire entre le port et les différentes zones. "Nous sommes très proches des terminaux à conteneurs et rouliers du port. Il n'est pas nécessaire ni demandé par les opérateurs de disposer d'acheminement ferroviaire vers les terminaux pour les occupants des différentes zones", indique Imane Agzenay Biyout.

Des réserves importantes

Les terminaux à conteneurs, le terminal roulier, le terminal ferry et les zones industrielles et logistiques ont bâti le concept de Tanger Med autour d'une volonté politique de développer l'emploi et l'activité, dans une région qui a longtemps souffert d'un taux d’emplois faible. Le roi Mohammed VI a demandé que ce concept poursuive son expansion.

Une enveloppe de 9 milliards de dirhams (831 M€) a été débloquée pour construire de nouvelles zones industrielles et logistiques dans cette région. Et la région dispose d'une capacité de 5 000 hectares, dont seulement 1 600 hectares sont occupées actuellement. Tanger Med pourrait devenir dans les prochaines années le cœur de la logistique industrielle.

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De formation juridique, Hervé Deiss a rejoint la presse spécialisée transport, logistique et maritime depuis plus de 20 ans. Il s’est affirmé au cours de ces dernières années, comme un expert des systèmes portuaires du monde entier.