Analyse Transport & Logistique

Ever Given : triple peine pour les chargeurs

26 avril 2021

Le porte-conteneurs Ever Given, sa cargaison, et son équipage ont été saisis par les autorités égyptiennes. Un troisième coup dur pour les chargeurs après l’accident lui-même et la déclaration d’avarie commune.

L’Égypte réclame 900 millions de dollars de dédommagement, suite au blocage du Canal de Suez engendré par l’échouement du porte-conteneurs Ever Given au mois de mars. En attendant que les négociations aboutissent, le navire, sa cargaison et son équipage ont été saisis. Pour les chargeurs, ce n’est plus une double mais une triple peine : retard, avarie commune, et maintenant mise sous séquestre.

Selon le site gCaptain, une action en appel auprès d’une cour égyptienne a toutefois été engagée contre cette saisie par un assureur du navire, UK Club, notamment sur la base du manque de preuves. Le rapport sur l’accident de l’Ever Given n’est effectivement toujours pas publié, bien que les autorités du Canal détiennent les enregistreurs de bord depuis de nombreuses semaines. L’audience en appel est prévue le 4 mai.

Le propriétaire japonais Shoe Kisen, sous la pression de ses utilisateurs exploitants (Evergreen, CMA CGM et Cosco) et dans un souci de préservation des intérêts des chargeurs cherche légalement à désolidariser le navire de sa cargaison pour libérer au plus vite cette dernière, ce qui n’est pas acquis à cette heure.

L'enjeu du rapatriement des conteneurs

Sans se prononcer sur le fond de l’affaire, faute d’informations précises à ce stade, il convient de rappeler que la question technique du rapatriement des conteneurs reste centrale :

  • Soit le navire peut reprendre sa route vers l’Europe après déblocage de la situation (sous réserve d’une nouvelle expertise de navigabilité "deep sea", vraisemblablement à Port Saïd) ;
  • Soit le navire reste saisi dans un port égyptien, mais sa marchandise peut être transbordée. Cependant, les capacités de manutention de Port Saïd semblent restreintes pour décharger un tel mastodonte, qui compte jusqu’à 11 hauteurs de conteneurs sur la poupe.

Bref, nous sommes encore loin de l’épilogue de cette affaire, partie pour être hors norme et aussi colossale que son navire. Plus que jamais, nous renouvelons donc la recommandation aux chargeurs que nous émettions le 6 avril : mieux vaut doubler les commandes.

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Expert du transport maritime depuis 25 ans, Jérôme met toute sa connaissance du secteur au profit d'Upply. Capitaine de navire dans l'âme, il est également l'auteur du Lexique anglais-français du transport maritime conteneurisé (Paris : CELSE, 2001).
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